Les épiceries réalisent des bénéfices alors que les problèmes de sécurité alimentaire augmentent

Cet article a été initialement publié sur The Conversation, une source indépendante et à but non lucratif d’actualités, d’analyses et de commentaires d’experts universitaires. Les informations de divulgation sont disponibles sur le site d’origine.

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Les prix des aliments au Canada continuent de monter en flèche face aux pénuries de main-d’œuvre, à la hausse du coût des biens et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Statistique Canada a récemment signalé que le taux d’inflation des aliments au pays a atteint 7,4 % et qu’il augmentera probablement à nouveau au cours des prochains mois.

En décembre dernier, le Rapport sur les prix des aliments au Canada 2022 prévoyait une augmentation globale des prix des aliments au Canada pouvant atteindre 7 %, mais il est fort possible que les perturbations du marché liées au conflit en Ukraine fassent encore grimper les prix cette année. Cela pourrait causer des problèmes aux détaillants en alimentation qui sont devenus l’épicentre des augmentations des prix des aliments.

Le taux d’inflation général est à son plus haut depuis 1991. Cela sous-tend de sérieuses inquiétudes pour la sécurité alimentaire alors que les prix des aliments, de l’énergie, du gaz et du logement montent en flèche.

Face à la flambée des prix des denrées alimentaires, certains acheteurs soupçonnent à juste titre les détaillants de cupidité et de profiter de l’inflation pour augmenter les prix. Le scepticisme à l’égard de l’industrie alimentaire va probablement augmenter, mais il faut être prudent avant de juger trop rapidement.

LES PROFITS SONT PLUS PETITS QUE VOUS POURRIEZ LE PENSER

Au laboratoire d’analyse agroalimentaire, nos recherches suivent de près les prix des aliments. Chaque année, nous prévoyons quelles catégories d’aliments augmenteront ou diminueront en valeur, et de combien. En général, nous avons raison, mais cette année, l’inflation des prix alimentaires devrait dépasser nos prévisions.

Une comparaison des marges bénéficiaires calculées à partir de leurs rapports annuels respectifs publiés en 2021 pour les trois grands détaillants – Loblaws, Sobeys et Metro – avec les entreprises canadiennes des autres secteurs nous montre que leurs résultats financiers sont plutôt modestes. À la fin de leurs exercices respectifs en 2021, les marges bénéficiaires étaient de 3,7 % pour Loblaws, de 2,7 % pour Empire/Sobeys et de 4,5 % pour Metro.

Certes, ce sont des résultats intéressants; les bénéfices sont en effet en hausse par rapport aux années pré-pandémiques, mais ces taux sont toujours inférieurs au taux accru d’inflation alimentaire. Autrement dit, la performance de ces chaînes a en fait stagné, si on la compare à l’augmentation du coût de la vie.

Les marges bénéficiaires du secteur de la distribution alimentaire sont généralement inférieures à celles des autres secteurs. Les bénéfices des grandes entreprises canadiennes dans d’autres industries dépassaient de loin ceux des grandes chaînes d’alimentation. Par exemple, en 2021, la marge bénéficiaire d’Enbridge a atteint 13,4 % et celle de Telus était de 9,8 %. Dans le secteur bancaire, la marge bénéficiaire de la Banque de Nouvelle-Écosse était de 33,8 %, soit près de 10 fois plus que celle des plus grands distributeurs alimentaires.

PROFIT ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Si le malaise entre profit et sécurité alimentaire n’est pas nouveau, une entreprise profitant d’une manne inflationniste reste irresponsable et immorale. Cependant, prouver qu’il y a profit est pratiquement impossible, à moins qu’il y ait un aveu comme l’annonce de Loblaws en 2017, admettant avoir participé à la fixation du prix du pain.

Sans conséquences réelles imposées aux participants, les consommateurs sont légitimement cyniques, d’autant plus que l’enquête du Bureau de la concurrence n’avait pas donné grand-chose. À la lumière de ce scandale, l’industrie mérite sa part de reproches.

L’équilibre entre profits et responsabilité sociale reste fragile dans l’alimentaire, par rapport à d’autres types d’entreprises. Néanmoins, si certains pensent que nos commerçants gagnent trop d’argent, alors il faut se poser la question : quel est le seuil acceptable de rentabilité dans la distribution alimentaire ? Un pourcent? Trois pour cent ? Cinq pour cent?

COMMENT PROTEGER LES CONSOMMATEURS ?

Afin de protéger les consommateurs, certains se réfèrent à la réglementation des prix de détail. Cette stratégie s’applique déjà à quelques produits comme le lait et la bière, entre autres. Or, l’intervention de l’État sur des milliers de produits deviendrait un véritable cauchemar bureaucratique et managérial, entraînant des coûts de gestion élevés qui finiraient par être répercutés sur les contribuables.

Au Canada, nous avons des commerces de détail alimentaires assez bien gérés, mais le manque de concurrence dans le pays invite souvent à la critique. Nous n’avons que cinq gros joueurs dans la distribution alimentaire : Empire/Sobeys, Loblaws, Metro, Costco et Walmart.

Alors que les accusations liées au profit persistent, les distributeurs pourraient encore faire preuve d’empathie envers le public. Il y a peu de rabais et de promotions en magasin ces jours-ci et les circulaires semblent s’amenuiser depuis le début de la pandémie.

Les épiciers ont fait l’objet d’une surveillance accrue pendant la pandémie, en tant que l’un des seuls espaces publics à rester ouvert pendant les fermetures. En quelques jours, ils ont dû mettre en place des mesures de protection et passer rapidement au commerce en ligne. Les actions visant à soutenir les consommateurs en difficulté, telles que l’offre de remises sur les aliments proches de leur date de péremption, seront essentielles à l’avenir.

Metro a fait un pas dans la bonne direction en annonçant qu’elle utiliserait ses marges bénéficiaires pour compenser une partie du coût de l’inflation des prix alimentaires. D’autres épiciers devraient suivre la même voie pour trouver des moyens d’améliorer l’abordabilité pour les consommateurs, qui ne peuvent pas faire une pause autrement. Si les grandes chaînes ne démontrent pas leur intention d’aider le consommateur qui peine à équilibrer son budget à cause de l’inflation, les critiques sur leurs profits vont s’intensifier.

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Cet article a été initialement publié sur The Conversation, une source indépendante et à but non lucratif d’actualités, d’analyses et de commentaires d’experts universitaires. Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Les informations de divulgation sont disponibles sur le site d’origine. Lisez l’article original ici.

Passé:

Cet article est rédigé par Janet Music, étudiante au doctorat, anthropologie sociale, Université Dalhousie et Sylvain Charlebois, directeur, Laboratoire d’analyse agroalimentaire, professeur en distribution et politiques alimentaires, Université Dalhousie.

La musique reçoit un financement du Conseil de recherche en sciences humaines et sociales. Charlebois ne travaille pas pour, ne consulte pas, ne détient pas d’actions ou ne reçoit de financement d’aucune entreprise ou organisation qui bénéficierait de cet article, et n’a divulgué aucune affiliation pertinente au-delà de sa nomination académique.

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