Babysitter: l’audace de Monia Chokri

Aborder des sujets aussi délicats que la misogynie et les rapports de domination dans une comédie qui flirte avec l’horreur et le fantastique… Voilà le pari audacieux tenté par l’actrice et réalisatrice Monia Chokri avec son second long métrage, Baby-sitterune adaptation de la pièce du même titre écrite par Catherine Léger.

• À lire aussi: Festival de Cannes: baptême de feu réussi pour Charlotte Le Bon

Le point de départ du film, c’est une mauvaise blague sexiste lancée par Cédric (Patrick Hivon) à la sortie d’un combat de boxe auquel il a assisté avec ses amis. Gonflé à bloc, le nouveau père de famille décide, sur un coup de tête, d’embrasser sur la joue une journaliste qui enregistre un direct à la télévision.

Forcément, le geste ne passera pas inaperçu et deviendra rapidement viral sur les réseaux sociaux. Immédiatement suspendu par son employeur et confronté par son frère journaliste (Steve Laplante), Cédric entreprendra une thérapie en se lançant dans l’écriture d’un livre d’excuses adressées aux femmes. Pendant ce temps, sa blonde (Monia Chokri), en pleine dépression post-partum, se laissera tenter par des jeux étranges lancés par une mystérieuse babysitter (Nadia Tereszkiewicz).

Catherine Léger a écrit la pièce Baby-sitter il y a quelques années, avant la montée du mouvement #MeToo. L’auteure puisait son inspiration dans le triste phénomène « Fuck her right in the pussy » instauré par des hommes aux États-Unis, qui lançaient des propos obscènes à des femmes journalistes pendant qu’elles étaient en ondes.

En entrevue, Monia Chokri confie avoir été « sonnée » en voyant la pièce sur les planches en 2018. « J’ai trouvé ça très drôle et intelligent, se souvient-elle. Quand j’ai rencontré Catherine quelques jours plus tard, je lui ai dit que je voulais l’adapter au cinéma et que je trouvais ça urgent de le faire. »

Lire aussi  Les pratiques journalistiques épouvantables doivent être dénoncées

Les notions de consentement et d’agression sexuelle ayant beaucoup évolué au cours des dernières années, Monia Chokri et Catherine Léger (qui signe aussi le scénario du film) ont rapidement décidé de modifier la nature du geste que commet le personnage de Cédric au début du film.

« Dans la pièce, c’était vraiment une agression volontaire, rappelle Monia Chokri. Mais dans le film, c’est plus ambigu : il l’embrasse sur la joue et lui dit “je t’aime”. Lui, il ignore que c’est une agression, en tout cas. C’est souvent comme ça avec les gens qui se font accuser ou dénoncer dans #MeToo. Ils sont souvent dans le déni de leurs gestes et se défendent en prétendant être des séducteurs. Ils ignorent leurs comportements et ils ont souvent une misogynie inconsciente. C’est ce qui se passe avec Cédric. Il réagit en disant : ayoye, je ne savais pas que j’étais comme ça. »

Gestion du pouvoir

Même si la misogynie est au cœur du récit de Baby-sitterMonia Chokri insiste pour dire que ce n’est pas le sujet principal du long métrage. Pour elle, ce sont plutôt les rapports de domination qui forment la pierre angulaire du film et de l’histoire. « C’est un gros problème de société. La domination est partout et dans tous les rapports, même ceux entre les hommes. On a un problème avec notre gestion du pouvoir », explique-t-elle.

Sur le plan de la réalisation, Monia Chokri a inséré des éléments empruntés au cinéma fantastique et d’horreur pour donner à son film l’allure d’un conte moderne et décalé.

Lire aussi  La star de Love Island, Belle Hassan, partage l'image d'un œil meurtri après avoir été « frappée au visage sans raison » | Actualités Ents & Arts

« Pour moi, c’était évident qu’il fallait que je raconte cette histoire dans une ambiance de conte. Mais je l’ai fait parce que je trouvais que ça servait bien le propos. J’ai choisi d’utiliser les codes de l’horreur et du cinéma érotique parce que ce sont des genres qui objectivaient les femmes et les malmenaient. Je les prends, je les mets dans une comédie et je les déconstruis. »

Monia Chokri ne cache pas avoir ressenti une énorme pression pour la réalisation de ce second long métrage, après avoir obtenu un beau succès populaire et critique avec sa première offrande, la comédie La femme de mon frèresortie en 2019. Elle a toutefois pris le risque de s’aventurer dans un second film totalement différent du premier.

« Ça fait partie de mon moteur de création, confirme-t-elle. Je n’ai pas envie de faire deux fois la même chose parce que ça m’ennuie. J’aime me mettre en danger, mais c’est surtout aussi parce que je veux bien servir le propos. J’essaie toujours de faire le genre de film qui me semble plus juste pour l’univers que je dépeins. »

♦ Baby-sitter prend l’affiche le 3 juin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Recent News

Editor's Pick