Les nouvelles règles de l’UE déclenchent une bagarre sur ce qu’est l’énergie « verte »

L’Union européenne a proposé de traiter les investissements dans l’énergie nucléaire et le gaz naturel comme similaires aux énergies renouvelables au cours des prochaines années dans la poursuite d’une économie neutre en carbone, mais l’approche est critiquée par certains des gouvernements du bloc.

Le projet de recommandation, qui doit être approuvé par les gouvernements de l’UE et le Parlement européen, souligne la controverse politique déjà suscitée par les politiques environnementales en Europe, malgré un large soutien du public à l’action de prévention du changement climatique.

La proposition de la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, énonce des changements à ce qui compte comme un investissement dans l’énergie écologiquement durable. Connue sous le nom de « taxonomie verte », elle est étroitement surveillée par les investisseurs et les industries, notamment la production d’électricité, le transport et la fabrication.

L’Europe a besoin d’investissements massifs pour atteindre son objectif 2050 pour une économie neutre en carbone. En 2019, la Commission a estimé qu’elle aurait besoin de 175 à 250 milliards d’euros, soit l’équivalent de 199,02 à 284,31 milliards de dollars, en investissements annuels supplémentaires au cours des prochaines décennies pour atteindre l’objectif. La majeure partie de cette somme devra provenir du secteur privé.

Un pétrolier AdBlue à Lubmin, en Allemagne. Le pays s’oppose fermement à l’utilisation de l’énergie nucléaire.


Photo:

Krisztian Bocsi / Bloomberg News

L’UE espère qu’en classant clairement ce qui compte parmi les investissements verts et en définissant des règles plus strictes pour ce qui est nécessaire pour y parvenir, elle encouragera les investissements dans des projets verts, réduisant potentiellement leurs coûts de financement par rapport à d’autres plans énergétiques.

En vertu du droit de l’UE, chaque pays peut utiliser son propre bouquet énergétique. Les règles de taxonomie n’affectent pas cela ni l’utilisation des finances publiques pour les différentes sources d’énergie.

Les règles obligent les entreprises énergétiques à s’éloigner des sources d’énergie émettrices de carbone et obligent les entreprises qui vendent des produits financiers à divulguer en détail l’impact de leurs investissements sur les produits respectueux de l’environnement, y compris la proportion de leurs investissements qui est consacrée à des projets verts.

Les changements de la Commission interviennent dans un contexte de questions croissantes sur les ambitions climatiques du bloc, suscitées par la flambée des prix de l’électricité. L’Europe s’est engagée à réduire ses émissions de carbone de 55 % d’ici 2030.

Ces derniers mois, la France a mené une campagne pour inclure l’énergie nucléaire, sa principale source d’électricité, sur la liste des investissements verts, malgré une forte opposition à son utilisation en Allemagne, l’autre économie lourde de l’UE.

Un certain nombre de pays d’Europe orientale et méridionale ont poussé la Commission à ne pas décourager les investissements dans l’approvisionnement en gaz naturel. L’UE importe les trois quarts de son gaz naturel, une source d’énergie qui émet moins de carbone que le charbon.

Selon les propositions, les investissements dans les centrales nucléaires peuvent être classés comme verts jusqu’en 2045, tandis que les investissements visant à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires existantes peuvent être considérés comme durables jusqu’en 2040. Des conditions s’appliquent. Les centrales nucléaires devront montrer qu’elles et leurs gouvernements ont des plans pour gérer les déchets nucléaires toxiques et pour le coût du déclassement des centrales à l’avenir.

En savoir plus sur les besoins énergétiques de l’Europe

Les investissements dans le gaz naturel peuvent être considérés comme verts jusqu’en 2030 au moins si leurs émissions de carbone sont inférieures à un seuil fixe, ce qui signifie qu’elles ne produiront aucun dommage environnemental significatif. Même dans ce cas, les entreprises d’électricité doivent montrer qu’elles produiront un pourcentage croissant de leur énergie à partir de sources renouvelables dans les années à venir.

Le vice-chancelier et ministre allemand de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, a déclaré qu’il s’attendait à ce que la proposition de la Commission soit rejetée.

« Il est de toute façon discutable si ce greenwashing trouvera une quelconque acceptation sur les marchés financiers », a-t-il déclaré.

L’Allemagne a présenté des plans pour abandonner l’énergie nucléaire à la suite de la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima en 2011. Le Parti Vert de M. Habeck s’est fortement opposé à l’énergie nucléaire, qui n’émet pas de gaz à effet de serre.

La ministre autrichienne du climat, Leonore Gewessler, a déclaré que le gouvernement demanderait un avis juridique sur la poursuite en justice de la Commission s’il mettait en œuvre sa proposition comme recommandé.

La proposition de la Commission fera l’objet d’un retour d’information du gouvernement dans les prochains jours, ce qui pourrait entraîner des changements. Une fois approuvé par la Commission, les gouvernements de l’UE et le Parlement européen auront quatre mois pour l’approuver.

La classification de l’énergie verte n’est que l’un des nombreux éléments des plans climatiques de la Commission à faire l’objet de critiques politiques de la part des capitales de l’UE.

Le Hongrois Viktor Orban a critiqué la Commission et promis de s’opposer au projet de Bruxelles d’étendre son système d’échange de droits d’émission aux secteurs des transports et du logement. Des appels ont également été lancés pour que la Commission intervienne sur le marché des crédits d’émissions de carbone pour empêcher ce que les critiques appellent la spéculation.

Les partisans des plans climatiques de l’UE affirment que la mise à l’échelle rapide des ressources énergétiques renouvelables et propres non seulement lutterait contre le changement climatique, mais pourrait réduire les coûts pour les consommateurs et accroître l’indépendance géopolitique de l’UE, en rendant le bloc moins dépendant des exportateurs d’énergie, dont la Russie.

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