Publié le 30 septembre 2023 16:32:00. L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN alerte sur une stratégie russe visant à tester les limites de l’alliance, en multipliant les incidents aériens sans pour autant déclencher un conflit direct, tout en soulignant la nécessité d’une réponse alliée à la fois stratégique et dissuasive.
- L’OTAN renforce sa vigilance face aux violations de l’espace aérien européen par des drones, considérées comme une tactique russe pour exercer des pressions.
- Les États-Unis et leurs alliés cherchent à adapter leur défense pour contrer les menaces asymétriques, notamment les drones à faible coût.
- L’ambassadeur américain insiste sur l’importance d’augmenter les dépenses militaires en Europe pour garantir la sécurité collective.
L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a mis en garde contre une stratégie délibérée de la Russie visant à tester la résilience de l’alliance atlantique. S’exprimant mardi à Bruxelles lors d’une conférence organisée par le Council on Atlantic Relations, il a souligné que les récentes incursions de drones dans l’espace aérien européen s’inscrivent dans une tentative de Moscou de créer des tensions sans pour autant franchir le seuil d’une confrontation directe avec les États-Unis et leurs alliés.
Selon Whitaker, la Russie cherche à « ne pas franchir une ligne rouge qui entraînerait les États-Unis et leurs alliés dans une guerre, mais tente également de modifier et de présenter une menace asymétrique ». Il a précisé qu’il travaille en étroite collaboration avec les alliés et les responsables militaires pour renforcer la réponse de l’OTAN, en privilégiant une approche stratégique plutôt que purement réactive. « Nous devons nous assurer que nous ne réagissons pas toujours, mais que nous sommes stratégiques et que nous avons la capacité de répondre de manière appropriée et de jouer le même jeu », a-t-il déclaré.
Whitaker a balayé l’idée que ces actions russes pourraient être interprétées comme un signe de faiblesse de l’OTAN, assurant au contraire qu’elles démontraient la détermination de l’alliance. Il a rappelé l’engagement des États-Unis à défendre « chaque centimètre » du territoire allié, citant en exemple l’incident en Pologne où des drones ont été détectés et interceptés par la défense aérienne. « Cela démontre une conscience de la situation et une stratégie de défense aérienne qui, selon moi, montre que l’OTAN prend la situation au sérieux et est prête à agir », a-t-il affirmé.
L’ambassadeur a également abordé le défi que représente la lutte contre les drones à faible coût, tels que les drones Shahed d’origine iranienne utilisés par la Russie. « Nous ne lançons pas de missiles valant deux millions de dollars pour détruire des drones Shahed à 600 dollars », a-t-il illustré, expliquant que l’OTAN s’efforce de mettre en place une « défense aérienne à plusieurs niveaux, couvrant toutes les altitudes ».
Whitaker a qualifié la Russie de « plus grande menace pour la paix dans la région transatlantique ». Il a souligné que la paix en Ukraine dépendait de la capacité des alliés à « priver la Russie des ressources nécessaires à la guerre et à cesser d’acheter son énergie ». Il a évoqué la possibilité de nouvelles sanctions coordonnées entre l’Europe et les États-Unis, tout en reconnaissant les obstacles que représentent certains pays, notamment la Hongrie, la Slovaquie et la Turquie, qui continuent d’importer de l’énergie de Moscou.
Concernant l’engagement pris lors du sommet de l’OTAN à La Haye d’allouer 5 % du PIB à la défense d’ici 2035 (3,5 % pour les dépenses militaires directes et 1,5 % pour les domaines connexes), Whitaker a jugé cet accord comme « un bon début », tout en mettant en garde contre le manque de dynamisme de certains alliés. « Malheureusement, certains alliés se reposent sur leurs lauriers et doivent accélérer le rythme », a-t-il déclaré.
Il a appelé des pays comme l’Espagne et l’Italie à intensifier leurs investissements dans la défense, soulignant l’importance de stimuler la croissance économique pour augmenter les dépenses militaires en Europe. Il a mis en contraste la culture américaine de l’innovation et de l’entrepreneuriat, qui favorise à la fois les dépenses et la croissance, avec la situation en Belgique, où il a estimé qu’un effort économique plus important était nécessaire pour atteindre les objectifs de sécurité fixés.