Publié le 6 octobre 2023 17h28. Une avocate spécialisée dans la prévention de la violence armée relate une conversation surprenante avec un passionné d’armes à feu lors d’un vol, illustrant les difficultés à trouver un terrain d’entente sur cette question épineuse aux États-Unis.
- Un voyageur, fervent défenseur du deuxième amendement, possède plus de 40 armes à feu et fabrique ses propres munitions.
- Malgré son inquiétude face aux fusillades de masse, il ne parvient pas à proposer de solutions concrètes pour endiguer la violence armée.
- L’auteure souligne l’importance de sensibiliser les jeunes aux dangers des armes à feu pour espérer un changement de culture.
Lors d’un récent vol, Nina Vinik, avocate spécialisée dans la prévention de la violence armée, s’est retrouvée assise à côté d’un homme qu’elle a surnommé Rick. Rapidement, la conversation a dévié vers le sujet des armes à feu. Rick, originaire du Texas, s’est présenté comme un fervent défenseur du deuxième amendement de la Constitution américaine, garantissant le droit de porter des armes.
Rick a expliqué posséder plus de 40 armes à feu, dont beaucoup sont des antiquités. Il se décrit comme un collectionneur et fabrique lui-même ses munitions à partir de matériaux recyclés. Il a même évoqué la tragédie d’Uvalde, où 19 élèves de l’école primaire et deux enseignants ont été assassinés l’année dernière (tirage au sort du 24 mai 2022), tout en affirmant qu’il fallait « faire quelque chose ».
Vinik a tenté d’explorer des pistes de solutions avec Rick. Elle a abordé la question des tests psychologiques pour les acheteurs d’armes à feu, mais il a rapidement estimé que leur mise en œuvre serait trop complexe. Les lois sur le « drapeau rouge » (red flag laws), qui permettent de retirer temporairement les armes à feu aux personnes présentant un risque pour elles-mêmes ou pour autrui, n’ont pas non plus rencontré son adhésion, Rick ne faisant pas confiance au processus.
La conversation a également porté sur la prévention du suicide chez les militaires et les anciens combattants, ainsi que sur la restriction de l’accès aux armes à feu pour les personnes ayant des antécédents de violence domestique. Rick, qui travaille dans le domaine juridique et traite des affaires d’agression sexuelle, a exprimé des réserves, craignant que des femmes n’accusent faussement leurs partenaires.
Malgré son intérêt pour la sécurité des armes à feu – il stocke ses propres armes dans des coffres-forts pour les tenir hors de portée de ses enfants – Rick n’a pu proposer de mesures concrètes pour lutter contre la violence armée. Vinik souligne que, bien que louable, cette pratique du stockage sécurisé n’est pas systématiquement adoptée par tous les propriétaires d’armes à feu. Des études montrent que plus de la moitié des propriétaires d’armes à feu ne verrouillent pas toutes leurs armes, et que près de 40% des parents pensent à tort que leurs enfants n’ont pas accès à leurs armes. Les taux de suicide sont quatre fois plus élevés dans les foyers où des armes à feu sont présentes.
Vinik, fondatrice de l’organisation Project Unloaded, estime que la culture actuelle des armes à feu est relativement récente. Il y a vingt ans, la plupart des Américains considéraient qu’avoir une arme à feu diminuait leur sécurité et la possession d’armes à feu était en baisse. Aujourd’hui, l’idée qu’un pistolet procure une sécurité accrue est largement répandue, ce qui contribue à l’augmentation de la violence armée. Elle souligne que la violence armée a augmenté depuis le début des années 2000.
Convaincue que le changement doit venir des jeunes, Vinik s’efforce de les sensibiliser aux dangers des armes à feu par le biais de campagnes de médias sociaux et de partenariats communautaires. Elle rappelle que, comme l’a démontré la lutte contre le tabagisme, une campagne culturelle à grande échelle peut modifier les comportements et les attitudes d’une génération. Des études récentes montrent que la génération Z est plus préoccupée par la violence armée que par le changement climatique ou l’accès à l’avortement.
La conversation avec Rick a confirmé pour Vinik la difficulté de trouver un terrain d’entente avec les propriétaires d’armes à feu. Elle conclut que, tant que la vérité fondamentale selon laquelle plus d’armes entraînent plus de violence ne sera pas acceptée, les États-Unis resteront pris au piège d’un cycle de violence et de deuil.
Cet essai a été initialement publié en octobre 2023 et est en cours de rediffusion.
Note : les noms et certains détails ont été modifiés pour protéger la confidentialité des personnes concernées.
Nina Vinik est la fondatrice et directrice exécutive de Project Unloaded, une organisation qui utilise des campagnes culturelles pour encourager la prochaine génération à choisir de ne pas posséder d’armes. Avant de fonder Project Unloaded, Vinik a passé deux décennies à travailler dans la prévention de la violence armée. Elle vit à Chicago.
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