Le Japon se trouve face à une période d’incertitude politique majeure après l’élection de Sanae Takaichi à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD). Son ascension au poste de Première ministre est compromise par le retrait du Komeito, son allié traditionnel, et soulève des inquiétudes quant à la stabilité du pays face à des défis économiques et géopolitiques cruciaux.
L’élection de Sanae Takaichi, une figure conservatrice radicale, a immédiatement suscité des tensions avec le Komeito. Ce parti centriste et pacifiste exprime des réserves quant à ses positions révisionnistes sur l’histoire et sa ligne dure en matière d’immigration, particulièrement sensible dans un pays confronté à un déclin démographique. Le Komeito, qui partageait jusqu’à présent une coalition avec le PLD, a également mis en avant des divergences sur « la moralité de la vie politique », selon des déclarations de son président, Tetsuo Saito, après une rencontre avec Mme Takaichi le 7 octobre.
Sanae Takaichi est perçue comme une héritière de Shinzo Abe, Premier ministre de 2012 à 2020, assassiné en 2022. Elle défend une révision de la Constitution pacifiste japonaise, héritage de la Seconde Guerre mondiale, et n’exclut pas l’idée que le Japon se dote de l’arme nucléaire. Cette orientation inquiète les observateurs, alors que le pays doit naviguer dans un environnement régional complexe.
La situation est d’autant plus délicate que le PLD ne dispose que de 196 sièges à la Chambre basse du Parlement, loin des 233 nécessaires pour obtenir la majorité absolue. Même avec les 24 sièges du Komeito, le parti avait besoin de soutiens extérieurs pour assurer l’élection de Mme Takaichi. Le retrait du Komeito relance donc une crise politique à un moment critique.
Par ailleurs, le nom de Koichi Hagiuda, nommé secrétaire général exécutif par intérim du PLD, est entaché par un scandale de financement occulte. Il avait été suspendu du parti pendant un an en 2024, ce qui a contribué aux récentes défaites électorales de la coalition PLD-Komeito et à une perte de confiance de l’opinion publique, déjà préoccupée par l’inflation.
Le Japon est confronté à des impératifs économiques urgents. Un nouveau budget doit être adopté, ainsi que des mesures d’urgence pour lutter contre l’inflation. Depuis l’élection de Sanae Takaichi à la présidence du PLD, le cours du yen a chuté d’environ 3 %. Le pays doit également honorer ses accords commerciaux avec les États-Unis, qui sont jugés particulièrement favorables à ces derniers.
Sur le plan géopolitique, la prochaine Première ministre devra participer à plusieurs sommets importants à la fin octobre et au début novembre, notamment ceux de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) et du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec). Ces rencontres se dérouleront en présence du président chinois, Xi Jinping, du président sud-coréen Lee Jae-myung, et potentiellement du président américain Donald Trump.
À ce stade, le PLD explore différentes options pour former un gouvernement. Une possibilité serait une coalition minoritaire avec le Parti démocrate du peuple (PDP) de Yuichiro Tamaki, qui compte 17 sièges après les élections de juillet 2025. Les deux partis partagent des priorités en matière de fiscalité, notamment la suppression de la taxe sur l’essence et une augmentation du seuil d’exonération fiscale annuelle. Le PDP pourrait également conditionner son soutien au rôle de Sanae Takaichi, en privilégiant une personnalité plus centriste à la tête du gouvernement.