Publié le 11 octobre 2025 à 01h35. Sanae Takaichi, fervente amatrice de heavy metal et figure conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD), est sur le point de devenir la première femme Premier ministre du Japon, mais son ascension est loin d’être assurée face à des défis politiques et économiques majeurs.
- Sanae Takaichi a remporté la présidence du PLD, devenant la première femme à occuper ce poste.
- Son projet de former un gouvernement est compromis par le refus de son partenaire de coalition, Komeito, de la soutenir.
- Elle devra faire face à des défis économiques importants, notamment une population vieillissante et une inflation élevée.
L’ascension de Sanae Takaichi, 64 ans, au sommet du PLD marque un tournant dans la politique japonaise. Connue pour son énergie débordante et ses goûts musicaux éclectiques – elle joue de la batterie pour se détendre, parfois tard dans la nuit – cette femme politique de longue date incarne une ligne dure sur les questions nationalistes et conservatrices. Elle a remporté l’élection interne au PLD le 4 octobre, après trois tentatives, mais son chemin vers le poste de Premier ministre est semé d’embûches.
Le principal obstacle à sa nomination est le retrait de Komeito, le parti allié traditionnel du PLD, qui refuse de rejoindre un gouvernement dirigé par elle en raison d’un scandale financier impliquant le PLD. Cette scission oblige Mme Takaichi à rechercher le soutien d’autres partis pour former une coalition stable, une tâche ardue dans le contexte politique actuel.
Si elle parvenait à former un gouvernement, Mme Takaichi hériterait d’une situation économique difficile. Le Japon est confronté à une baisse démographique alarmante, avec une population vieillissante et une diminution de la main-d’œuvre. L’inflation, qui a atteint des niveaux records, et la faiblesse du yen pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages. Mme Takaichi a d’ores et déjà annoncé son intention de relancer l’économie par des dépenses publiques massives, une approche qu’elle surnomme « Sanaenomics », en écho aux « Abenomics » de son mentor, Shinzo Abe.
Cependant, cette politique pourrait susciter des inquiétudes quant à la dette publique du Japon. « Ce genre de discours pourrait affaiblir davantage le yen et susciter des inquiétudes quant aux niveaux d’endettement du Japon. Pour les gens ordinaires déjà aux prises avec la hausse des prix, c’est aussi une préoccupation sérieuse », a déclaré Hajime Kidera, professeur à l’École de sciences politiques et d’économie de l’Université Meiji.
Les relations commerciales avec les États-Unis pourraient également être délicates. Mme Takaichi a déjà exprimé son intention de revoir l’accord d’investissement de 550 milliards de dollars conclu entre le Japon et les États-Unis en septembre. Cet accord prévoit des investissements japonais dans des secteurs clés tels que les semi-conducteurs, l’énergie et la construction navale, en échange d’une réduction des droits de douane américains sur les produits japonais, notamment les automobiles.
La politique étrangère de Mme Takaichi pourrait également être source de tensions. Elle est connue pour ses positions nationalistes et ses déclarations controversées sur l’histoire. Elle a notamment suggéré que les résidents chinois au Japon avaient le « devoir d’aider l’espionnage chinois » et a défendu la révision de l’article 9 de la Constitution pacifiste japonaise, qui renonce à la guerre. Elle a également rendu visite à plusieurs reprises au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les morts de guerre japonais, y compris les criminels de guerre condamnés.
Cependant, des analystes estiment qu’elle pourrait adopter une approche plus pragmatique une fois au pouvoir. « En réalité, Takaichi suivra probablement une logique de diplomatie pratique. Elle devra atténuer la rhétorique anti-chinoise qu’elle a affichée dans le passé », a déclaré Rintaro Nishimura, associé principal chez The Asia Group, un cabinet de conseil.
Mme Takaichi a également suscité la controverse en raison de ses positions sur les droits des femmes. Elle s’oppose à ce que les femmes mariées conservent leur nom de famille et est opposée à la succession féminine au trône impérial. Cependant, lors de sa campagne, elle a proposé des mesures pour soutenir les familles, telles que des allègements fiscaux pour la garde d’enfants.
Son parcours personnel est également atypique. Contrairement à de nombreux hommes politiques japonais issus de familles influentes, Mme Takaichi est née dans une famille modeste. Avant d’entrer en politique, elle a effectué un stage auprès d’une députée américaine et a travaillé comme commentatrice à la télévision, où elle s’est fait remarquer par son style audacieux et non conventionnel. « Elle aspirait à être comme Margaret Thatcher », a déclaré Yukitoshi Arai, son coiffeur depuis plus de trente ans.
L’élection de Mme Takaichi représente un défi pour le PLD, qui doit faire face à une perte de confiance du public après plusieurs scandales. La question est de savoir si elle parviendra à redorer l’image du parti et à répondre aux attentes des Japonais.