Publié le 12 octobre 2025 à 9h55. La fermeture administrative de la mosquée des Bleuets à Marseille a été suspendue par le tribunal administratif, après une décision préfectorale motivée par les propos jugés radicaux de son imam.
- Le juge des référés liberté du tribunal administratif de Marseille a suspendu l’exécution de l’arrêté de fermeture de la mosquée pour deux mois.
- La décision préfectorale était contestée en raison de positions « radicales » attribuées à l’imam de la mosquée.
- Le tribunal a souligné l’urgence créée par la fermeture pour l’association et ses fidèles, notamment ceux à mobilité réduite.
La mosquée des Bleuets, située dans le 13e arrondissement de Marseille, pourra donc poursuivre ses activités pour le moment. Le préfet des Bouches-du-Rhône, Georges-François Leclerc, avait signé l’arrêté de fermeture le 6 octobre, invoquant des propos et publications de l’imam qu’il jugeait incompatibles avec les valeurs de la République.
Dans sa décision, le tribunal administratif a estimé que « la fermeture du lieu de culte crée une situation d’urgence à l’égard de l’association ainsi privée de son activité principale » et des fidèles, « tout particulièrement ceux à mobilité réduite ». Il a également relevé que « les propos et publications de l’imam mis en cause sur les réseaux sociaux, anciens ou plus récents, ne présentent pas une menace actuelle de provoquer la haine ou la violence de personnes ou de groupes de personnes ».
« Cette victoire est une décision d’apaisement », s’est réjoui Me Sefen Guez Guez, l’avocat de la mosquée, dans une déclaration transmise à actu Marseille.
« La mosquée des Bleuets, par l’intermédiaire du Conseil départemental du culte musulman [CDCM] 13, va demander un entretien avec le préfet afin de mettre un terme à ce qui relevait d’une erreur manifeste d’appréciation. Il est temps de laisser la mosquée poursuivre ses activités dans la sérénité. »
Me Sefen Guez Guez
L’imam, Ismaïl Smaïn Bendjilali, a également exprimé sa satisfaction sur son compte X (anciennement Twitter), affirmant vouloir « continuer à travailler dans la sérénité » et engager « de véritables discussions avec le préfet pour apaiser les tensions et reconstruire un dialogue sincère et respectueux ».
Malgré cette suspension, le préfet des Bouches-du-Rhône maintient ses convictions. Sur le compte X de la préfète de police déléguée, il est précisé que le préfet « reste convaincu qu’une mosquée ne saurait employer un imam ayant été condamné pour apologie du terrorisme sans faire l’objet de mesures administratives ». Il se réserve également la possibilité de contester la décision du tribunal devant les juridictions supérieures.
Cette affaire intervient un an après une première menace de fermeture de la mosquée par la préfecture de police. L’imam avait alors promis de suivre une formation sur les principes de la laïcité afin de préserver l’ouverture du lieu de culte.
Fin mai, l’imam avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour apologie du terrorisme, suite au partage d’une publication sur X en lien avec l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël. Il a fait appel de cette décision.
Le tribunal administratif a souligné que, depuis la reprise de ses activités à la mosquée, « aucun comportement contraire à la loi de 1905 n’est établi » et qu’« aucun fidèle de la mosquée n’a non plus été mis en cause ». L’arrêté préfectoral reprochait à la mosquée et à son imam d’afficher sur les réseaux sociaux « des positions favorables à l’organisation terroriste Hamas et, sous couvert d’antisionisme, haineuses à l’encontre de l’État d’Israël ».
Lors de l’audience de vendredi, l’imam s’est défendu en affirmant : « Je mets au défi l’administration de trouver une seule mosquée à Marseille où des rabbins et des prêtres viennent assister à la prière du vendredi ».
Georges-François Leclerc, préfet de Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis janvier, avait déjà été impliqué dans une affaire similaire en retirant le contrat d’association avec l’État du lycée musulman Averroès de Lille lorsqu’il était préfet du Nord en 2023. Le tribunal administratif lui avait finalement donné tort, rétablissant en avril ce contrat d’association.
Avec AFP
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