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Rétroviseur : tout le monde aime Marineland ?

by Antoine Girard

Publié le 12 octobre 2024 05:20:00. Marineland, le parc d’attractions ontarien, est au bord du gouffre financier et menace d’euthanasier ses trente bélugas si le gouvernement fédéral ne lui accorde pas une aide d’urgence. Cette situation relance le débat sur le bien-être animal en captivité et la pertinence des zoos et aquariums.

  • Marineland a vu sa demande d’autorisation d’exporter ses bélugas vers le Chimelong Ocean Kingdom en Chine rejetée par la ministre fédérale des Pêches.
  • L’entreprise refuse une proposition de relocalisation des cétacés dans un sanctuaire canadien, craignant pour leur santé.
  • La saga rappelle les préoccupations croissantes concernant les conditions de vie des animaux en captivité et l’éthique de leur exploitation à des fins de divertissement.

L’avenir de Marineland, autrefois un symbole de divertissement familial en Ontario, est plus incertain que jamais. L’entreprise, déjà sous enquête pour ses pratiques concernant le bien-être animal, se retrouve confrontée à de graves difficultés financières. Pour éviter ce qu’elle qualifie de « contrainte » d’euthanasier ses trente bélugas, Marineland réclame une aide financière du gouvernement fédéral.

La ministre fédérale des Pêches, Joanne Thompson, a refusé la demande de Marineland d’exporter ses baleines vers le Chimelong Ocean Kingdom, en Chine. Le parc ontarien souhaitait vendre ses bélugas pour qu’ils soient utilisés à des fins de reproduction, une pratique qui contrevient à la Loi visant à mettre fin à la captivité des baleines et des dauphins, en vigueur au Canada depuis 2019.

Marineland a rejeté l’alternative proposée par la ministre Thompson, qui consistait à transférer les cétacés vers un sanctuaire de baleines au Canada. L’entreprise exprime des « craintes » quant à la santé et à la sécurité des animaux, alors qu’une vingtaine de baleines sont déjà mortes dans ses installations depuis 2020.

Cette crise ramène au premier plan la question du bien-être animal en captivité et de la légitimité des parcs d’attractions qui exploitent des animaux pour le divertissement. Faut-il en finir avec les zoos et les aquariums tels que nous les connaissons ?

C’est une question que s’était posée en 2023 Valérie Borde, journaliste scientifique primée. Son reportage, qui avait suscité de vives réactions, explorait les fondements mêmes de la captivité animale.

« Depuis des millénaires, des bêtes sauvages sont gardées en captivité pour les émotions qu’elles suscitent. »

Valérie Borde, journaliste scientifique

Elle soulignait que « les zoos et aquariums sont à un tournant de leur histoire, car même leurs meilleures pratiques ne passent plus auprès d’un nombre croissant de personnes ».

Jacques Prescott, éthologue et ancien conservateur du Jardin zoologique du Québec (nommé en 1976), estime que la prise de conscience de la maltraitance des animaux en captivité remonte aux années 1980. Il reconnaît que des progrès ont été réalisés pour améliorer leurs conditions de vie, mais souligne que les zoos et les parcs doivent faire davantage en matière de sensibilisation du public.

Vétérinaires, groupes de défense des droits des animaux et même politiciens déplorent le manque d’investissement dans l’éducation et la conservation. Bien que des institutions comme le Biodôme de Montréal et le Zoo de Granby soient reconnues pour leurs programmes éducatifs et leurs initiatives de conservation, le financement accordé à ces établissements reste insuffisant pour garantir une véritable dignité aux animaux.

Le cas de Marineland illustre parfaitement cette situation. L’entreprise tente de vendre ses installations depuis 2023, mais se retrouve contrainte de menacer la survie de ses cétacés. La question se pose alors de savoir s’il ne serait pas préférable de financer la préservation des habitats naturels où ces animaux devraient vivre. Comme le soulignait le reportage de Valérie Borde, les réponses sont rarement simples.

Bonne lecture,

Angie Landry, reporter à L’actualité

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