Publié le 14 octobre 2025 à 10h34. La confiance des acteurs du marché dans le secteur britannique des fusions et acquisitions (M&A) s’effondre, atteignant son plus bas niveau depuis une décennie, en raison d’une conjoncture économique incertaine et d’une désapprobation croissante de la politique gouvernementale.
- Seulement 13 % des professionnels du secteur anticipent une amélioration des perspectives économiques à court terme, contre 48 % l’année précédente.
- 57 % des interrogés estiment que le gouvernement actuel ne gère pas efficacement les défis économiques, notamment face aux nouvelles politiques commerciales américaines.
- Malgré un certain optimisme à long terme, l’activité de fusions et acquisitions reste atone, avec une baisse de 12,3 % du volume des transactions au premier semestre 2025.
Le marché britannique des fusions et acquisitions traverse une période de turbulences, marquée par une perte de confiance sans précédent chez les négociateurs. Une étude récente du CIL (Centre for Investment and Logistics) révèle un pessimisme généralisé quant aux perspectives à court et moyen terme, exacerbé par un sentiment d’insatisfaction envers les politiques menées par l’administration en place.
Au cours des six premiers mois de 2025, la valeur totale des transactions de fusions et acquisitions au Royaume-Uni s’est élevée à 57,3 milliards de livres sterling (environ 66,5 milliards d’euros), en baisse de 12,3 % par rapport aux 65,3 milliards de livres sterling enregistrés sur la même période en 2024. Le nombre de transactions a également diminué, passant de 1 828 à 1 478, reflétant une approche plus sélective de la part des investisseurs. Parallèlement, le marché européen des introductions en bourse a connu un ralentissement significatif, avec un total de 4,0 milliards d’euros levés grâce à 16 nouvelles cotations au premier trimestre, contre 11,5 milliards d’euros et un nombre non précisé d’introductions en bourse l’année précédente.
L’enquête du CIL, menée auprès de plus de 100 acteurs clés du marché – investisseurs en capital-investissement, équipes dirigeantes, banquiers d’affaires et conseillers – met en évidence un revirement spectaculaire de l’opinion. Alors qu’un résultat électoral favorable avait initialement suscité l’espoir d’une stabilité macroéconomique, la situation a rapidement évolué, avec une montée en puissance du sentiment négatif. L’année dernière, seuls 16 % des professionnels du secteur se montraient pessimistes quant à l’avenir à court terme, mais ce chiffre a grimpé à 57 % en 2025.
La politique gouvernementale est pointée du doigt par une large majorité des interrogés (72 %). Les critiques se concentrent notamment sur la gestion des nouvelles barrières tarifaires imposées par les États-Unis, perçues comme un manque de fermeté et d’efficacité dans la négociation d’avantages pour le Royaume-Uni. Ce taux de désapprobation est le plus élevé enregistré depuis le début de l’enquête du CIL, surpassant même les périodes de crise liées au Brexit et à la pandémie de COVID-19.
Malgré ce tableau sombre, un certain optimisme persiste à long terme, avec 40 % des personnes interrogées se montrant positives quant aux perspectives futures. Cependant, cette lueur d’espoir pourrait être éphémère, compte tenu des sondages actuels qui prévoient un possible changement de gouvernement. L’activité de fusions et acquisitions, bien qu’en repli, montre des signes de stabilisation après un pic en 2023. 53 % des professionnels du secteur s’attendent à une augmentation de l’activité au cours des 12 prochains mois, tandis que 40 % prévoient une stabilité. La qualité perçue des actifs reste également stable, avec 23 % des répondants la qualifiant de bonne et 68 % de moyenne.
« Les résultats de cette année révèlent une détérioration marquée de la confiance : le pessimisme concernant les perspectives économiques à long terme a atteint des niveaux records, l’insatisfaction à l’égard de la politique gouvernementale est à un niveau record et l’activité des transactions reste lente. Bien que certains points positifs demeurent – demande refoulée, marchés du crédit stables et effet stabilisateur de la baisse de l’inflation – l’opinion dominante est celle de la déception. La stabilité, une fois encore, n’a pas réussi à se concrétiser. »
Alex Marshall, associé principal du CIL
Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si le gouvernement britannique parviendra à restaurer la confiance des acteurs économiques et à relancer l’activité de fusions et acquisitions. L’évolution de la conjoncture internationale et les résultats des prochaines élections joueront un rôle déterminant dans cette perspective.