Publié le 16 octobre 2024 16:09:00. L’Estonie a décidé de fermer les routes traversant le territoire russe, notamment les secteurs de « Saatse Boot » et de « Lutepää », suite à l’observation de soldats russes armés à la frontière, une situation perçue comme une provocation et un test pour l’OTAN.
- L’Estonie a fermé les routes qui traversent le territoire russe en raison de la présence de soldats russes armés et de la menace croissante pour la sécurité.
- Le passage par les secteurs de « Saatse Boot » et de « Lutepää Triangle » était possible grâce à un accord datant de 2003, mais est désormais suspendu jusqu’à la construction de déviations.
- La Russie déploie des soldats en uniforme près de la frontière estonienne, une tactique d’intimidation qui, selon les analystes, vise à tester la réaction de l’OTAN.
Les autorités estoniennes ont annoncé la fermeture des routes traversant le territoire russe, une décision motivée par l’intensification des activités militaires russes à la frontière. Cette mesure, qui concerne notamment les secteurs de « Saatse Boot » (environ 1 kilomètre) et de « Lutepää Triangle » (environ 30 mètres), fait suite à l’observation de soldats russes armés dans la région.
Le Premier ministre estonien, Kristen Michal, a précisé que ces routes resteraient fermées jusqu’à ce que des itinéraires alternatifs soient construits pour garantir la sécurité des habitants. Il a souligné que le transit par la Fédération de Russie comportait désormais des risques spécifiques, et que l’accord de 2003 autorisant le passage sans arrêt n’était plus viable en présence de personnels armés.
Selon le Premier ministre, une route de contournement devrait être achevée dans les prochains mois. Une voie forestière existante, gérée par le Centre national de gestion des forêts, sera améliorée et élargie. Le gouvernement a décidé d’accélérer les travaux, en renonçant à une évaluation complète de l’impact environnemental au nom de la sécurité nationale. Michal a estimé que cette nouvelle route pourrait être opérationnelle d’ici l’automne 2026.
Les autorités estoniennes envisagent également des mesures de soutien pour les riverains affectés par la fermeture des routes, notamment en matière de transport public.
Le ministre de l’Intérieur, Igor Taro, a insisté sur le caractère sécuritaire de cette décision. Il a déclaré :
« Il s’agit de veiller à ce que notre frontière reste intacte, sans aucune faille. Des barrières physiques seront installées et la clôture construite de part et d’autre sera reliée. »
Les gardes-frontières estoniens ont signalé des difficultés à faire respecter les restrictions, certains vacanciers ignorant les panneaux et s’arrêtant pour prendre des photos. Selon le site ERR, la police, les gardes-frontières et d’autres représentants du gouvernement évitent depuis longtemps de circuler sur ces portions de route.
Le week-end dernier, des soldats russes en uniforme ont été repérés près de la frontière russo-estonienne, suscitant l’inquiétude des gardes-frontières estoniens. Craignant des provocations, Tallinn a décidé de fermer le poste frontière.
L’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) rapporte que la Russie utilise ce qu’elle appelle des « petits hommes verts » – des soldats armés en civil – près de la frontière avec l’Estonie. Selon les analystes, ces actions visent à exercer une pression sur Tallinn et à tester la réponse de l’OTAN aux provocations à proximité de ses frontières.
Le commandant des gardes-frontières, Meelis Saarepuu, a commenté :
« À en juger par les uniformes et les masquages des membres de cette unité, il ne s’agissait pas de gardes-frontières, ce qui constituait une menace évidente pour l’Estonie. »
Selon les services de renseignement, le groupe, composé d’une dizaine de personnes, s’est d’abord déplacé le long de la route avant de se positionner perpendiculairement à celle-ci.
L’ISW souligne que la présence de soldats russes en civil dans la zone de la ville estonienne de Saatse s’inscrit dans une tactique de déstabilisation et d’intimidation déjà observée en Crimée et dans le Donbass. Les autorités estoniennes ont réagi en fermant les routes traversant le territoire russe et en renforçant les mesures de sécurité à la frontière.
Selon l’ISW, les actions de la Russie pourraient être une tentative de déterminer jusqu’où elle peut aller sans déclencher une réponse forte de l’OTAN. Les experts avertissent que des incidents similaires pourraient se produire dans d’autres pays baltes.