Publié le 2025-10-20 23:05:00. Les fabricants de panneaux solaires d’Asie du Sud-Est sont confrontés à une crise profonde, conséquence des nouvelles barrières douanières américaines qui mettent en péril un secteur en plein essor et fragilisent les économies locales. Après avoir profité des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, la région se retrouve désormais isolée face à un marché américain de plus en plus fermé.
- Les États-Unis ont imposé des droits de douane élevés sur les panneaux solaires importés d’Asie du Sud-Est, atteignant jusqu’à 652 % pour le Cambodge.
- Cette situation est due à une perception de la capacité manufacturière de la région comme une extension de la surcapacité chinoise.
- L’Indonésie et le Laos émergent comme de nouvelles destinations potentielles pour la production solaire, mais l’avenir reste incertain.
L’Asie du Sud-Est avait connu une croissance spectaculaire dans le secteur de l’énergie solaire photovoltaïque (PV) grâce aux droits de douane imposés par les États-Unis sur les produits chinois. Entre 2012 et 2023, les exportations solaires vers les États-Unis sont passées de 2,8 milliards de dollars américains à 14,4 milliards de dollars américains. En 2024, ces quatre pays – Vietnam, Thaïlande, Malaisie et Cambodge – représentaient 80 % des importations américaines de panneaux solaires. Cette dépendance était réciproque, les États-Unis représentant une part équivalente des exportations totales d’énergie solaire de l’Asie du Sud-Est, rendant l’industrie particulièrement vulnérable aux fluctuations de la politique commerciale américaine.
Sous l’administration Obama, des taxes avaient déjà été imposées sur les panneaux solaires chinois, puis renforcées par Donald Trump avec des tarifs généralisés sur les marchandises. Cependant, c’est l’administration Biden qui a porté un coup décisif en imposant des droits antidumping et compensateurs, considérant la production de la région comme une extension de la surcapacité chinoise. Les taux effectifs varient considérablement d’un pays à l’autre : environ 34 % pour la Malaisie, plus de 300 % pour le Vietnam et la Thaïlande, et jusqu’à 652 % pour le Cambodge. Certaines entreprises sont même soumises à des droits atteignant 3 400 %.
Ces mesures ont déjà des conséquences tangibles. Des signes de stress apparaissent dans l’industrie, avec des fermetures d’usines et des pertes d’emplois anticipées. Même les fabricants malaisiens, bénéficiant des taux de droits de douane les plus bas, sont confrontés à des difficultés. Une grande partie de la capacité de production de la région repose sur les investissements, les intrants et la technologie chinois, avec plus de 80 % des investissements étrangers provenant de Chine. Cela reflète la domination chinoise dans le secteur mondial de l’énergie solaire photovoltaïque et ses chaînes d’approvisionnement.
Cependant, l’Asie du Sud-Est ne subit pas passivement ces changements. La région a commencé à diversifier ses sources d’approvisionnement en polysilicium, un matériau essentiel à la fabrication des cellules solaires, en réponse aux préoccupations liées au travail forcé dans la région chinoise du Xinjiang, soulevées par la loi américaine sur la prévention du travail forcé ouïghour et d’autres mesures. La Malaisie a développé sa propre production de polysilicium, tandis que le Vietnam importe désormais ce matériau d’Allemagne, des États-Unis et de Malaisie.
L’Indonésie et le Laos se positionnent comme de nouvelles plateformes d’exportation potentielles. L’Indonésie a annoncé une capacité de production solaire étrangère de 20 gigawatts, contre seulement 1 gigawatt fin 2022. Si la Chine a ouvert la voie en matière d’investissements manufacturiers dans ces pays, les investissements américains représentent désormais un tiers de ceux provenant de Chine en Indonésie et la moitié au Laos, démontrant que le développement solaire en Asie du Sud-Est n’est pas uniquement dicté par Pékin.
Malgré tout, de nouvelles enquêtes antidumping et compensatoires ont été lancées par les États-Unis en août dernier en Indonésie et au Laos, ciblant également les segments en amont de la chaîne d’approvisionnement, notamment le polysilicium et ses dérivés. L’avenir des exportations de la région vers le marché américain s’assombrit donc. La demande mondiale en énergie renouvelable devrait doubler au cours des cinq prochaines années, avec 80 % provenant de l’énergie solaire photovoltaïque. L’Asie du Sud-Est, qui possède déjà la plus grande capacité de production de modules solaires photovoltaïques en dehors de la Chine (106 GW), devra accélérer sa transition énergétique pour soutenir ses industries locales et répondre à la demande croissante de la région, qui devrait représenter un quart de la croissance mondiale d’ici 2035.
Une politique de zéro émission nette permettrait à l’Asie du Sud-Est d’atteindre une capacité de production de plus de 250 GW, créant ainsi de la demande, protégeant les emplois et stimulant la croissance. La coordination régionale, notamment à travers l’initiative du réseau électrique de l’ASEAN, est essentielle pour accélérer le déploiement de l’énergie solaire dans toute la région. L’ASEAN a appelé à un approfondissement de l’intégration économique régionale en réponse aux tarifs douaniers, et l’énergie solaire pourrait bien être un point de départ prometteur.
