Bruxelles pourrait voir sa sécurité énergétique fragilisée et sa compétitivité industrielle menacée par une nouvelle directive européenne sur la diligence raisonnable en matière de développement durable. Le Qatar et les États-Unis ont exprimé de vives inquiétudes, avertissant que cette législation pourrait entraîner une hausse des coûts de l’énergie et perturber les approvisionnements.
Dans une lettre ouverte adressée aux autorités européennes, les ministres de l’Énergie du Qatar, Saad bin Sherida Al Kaabi, et le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, ont mis en garde contre les conséquences potentielles de la directive CSDD (devoir de diligence en matière de développement durable). Ils craignent qu’elle ne rende le gaz naturel liquéfié (GNL) et le gaz moins abordables et moins fiables pour l’Union européenne.
Les États-Unis fournissent actuellement 45 % du GNL consommé par l’UE en 2024, tandis que le Qatar en assure 12 %. Plus tôt cette année, Doha avait déjà menacé de suspendre ses exportations de GNL vers l’Europe si Bruxelles maintenait le cap sur son programme vert.
La directive CSDD, prévue pour entrer en vigueur en 2027, permettrait aux États membres de sanctionner les entreprises jusqu’à 5 % de leur chiffre d’affaires mondial si leurs chaînes d’approvisionnement causent des dommages environnementaux ou violent les droits de l’homme. Selon l’agence de presse qatarie, le texte « compromet sérieusement la capacité de la communauté énergétique américaine, qatarie et internationale dans son ensemble à maintenir et à élargir les partenariats et les opérations au sein de l’UE ».
Ce débat intervient à un moment crucial, alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance au gaz russe. Depuis le début des sanctions imposées à la Russie en 2022 suite au conflit en Ukraine, le bloc européen s’est tourné vers le GNL, principalement importé des États-Unis et du Qatar, pour compenser la perte des approvisionnements via les gazoducs, notamment Nord Stream, gravement endommagé par des explosions en 2022.
La France et l’Allemagne, les deux plus grandes économies de l’UE, se sont également exprimées contre cette proposition. Les législateurs européens doivent débattre de la directive plus tard cette semaine. Elle pourrait également mettre en péril l’accord commercial conclu en juillet dernier entre Bruxelles et l’ancien président américain Donald Trump, qui prévoit un achat de 750 milliards de dollars d’énergie américaine par l’UE d’ici 2028.
Avant le conflit en Ukraine, la Russie fournissait environ 40 % du gaz de l’UE, principalement via son réseau de gazoducs.