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Les clins d’œil de Léonor aux jeunes

by Antoine Girard

Publié le 24 octobre 2025 19:20:00. La princesse Leonor a choisi un format épistolaire original pour rendre hommage aux lauréats des Prix Princesse des Asturies, interrogeant avec pertinence les défis de l’ère numérique et la quête de sens dans un monde saturé d’informations.

  • La princesse Leonor a remis les Prix Princesse des Asturies en privilégiant une lettre manuscrite, un choix délibéré pour encourager la réflexion et l’attention.
  • Elle a échangé avec humour et intelligence avec les lauréats, notamment l’écrivain Eduardo Mendoza et le philosophe Byung-Chul Han, abordant des thèmes tels que la liberté, la transcendance et l’impact des nouvelles technologies.
  • Son approche intergénérationnelle et sa capacité à questionner les codes de son époque ont marqué cette cérémonie.

Dans un contexte où l’immédiateté et le virtuel dominent, la princesse Leonor a souhaité marquer les esprits en rendant hommage aux lauréats des Prix Princesse des Asturies d’une manière singulière : une lettre personnelle, écrite à la main. Ce geste, loin d’être anecdotique, témoigne d’une volonté de s’affranchir des codes de sa génération, la génération Z, et de renouer avec une forme de communication plus lente et plus réfléchie.

« Je le fais parce que, même si je suis de la génération Z et fille d’un boomer, j’ai le sentiment qu’une lettre permet de s’arrêter, d’approfondir et de réfléchir davantage », a déclaré la princesse Leonor, consciente du défi que représente le maintien de l’attention dans un monde saturé d’informations.

Cette démarche s’est notamment illustrée dans sa correspondance avec l’écrivain Eduardo Mendoza, lauréat du Prix Princesse des Asturies de littérature. La princesse a salué son « bel humour », qu’elle décrit comme « sournois, un peu britannique » et désormais aussi « asturien », soulignant sa capacité à éveiller la curiosité des jeunes lecteurs pour un vocabulaire parfois oublié.

Elle a ainsi cité quelques exemples de mots peu courants : « Servir d’exemple : fámula, badulaque, enteco, masovero, chafarrinón », amusant l’assistance en imaginant les difficultés des traducteurs chargés de les rendre en anglais. (Glossaire : Formule : m. et f. colloque. Domestique. Badulaque : m. et f. Personne stupide et incohérente. U. tc adj. Masovero : m. et f. Chat. Agriculteur qui, habitant la ferme d’autrui, cultive les terres adjacentes en échange d’une rémunération ou d’une partie des fruits. Entéco : adj. Malade, faible, maigre. Chafarrinon : loc. verbe. colloque. Faites quelque chose d’indigne ou de vulgaire.)

La princesse Leonor a également souligné l’importance du travail de Mendoza pour « garer le rouleau infini », une métaphore ironique désignant le défilement incessant des écrans de téléphone. Elle s’est interrogée sur la notion de liberté dans ce contexte : « N’est-ce pas être plus libre ? »

Les références à l’univers numérique ont été récurrentes, notamment en lien avec le philosophe Byung-Chul Han, récompensé par le Prix Princesse pour la Communication et les Sciences Humaines. Ce dernier avait mis en garde contre les dangers d’une « technologie sans contrôle politique », susceptible de devenir « monstrueuse et d’asservir les gens ».

S’adressant à Byung-Chul Han comme à un représentant de sa génération, la princesse Leonor a même présenté ses excuses pour avoir « transgressé ses principes », en faisant référence à l’émoticône du cerveau explosant. Elle l’a ensuite interrogé sur la manière de retrouver la « transcendance » pour que « la vie ne soit pas une simple “exhibition narcissique sur les réseaux sociaux” » au milieu du « bruit des données et des informations ».

« Vous comprendrez, professeur, que l’on reste comme cet émoticône auquel j’ai fait référence au début de cette lettre », a-t-elle ironisé, avant d’insister sur la nécessité de trouver des réponses dans la philosophie même de Byung-Chul Han. « Le temps de la précipitation n’est pas habitable, c’est pourquoi il nous invite, entre autres, à pratiquer la patience et l’introspection. Et surtout une lecture approfondie », a-t-elle conclu.

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