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L’armée américaine a toujours été censée rester en dehors des querelles politiques intérieures, un principe fondamental de son fonctionnement. Pourtant, l’histoire récente, et plus particulièrement la présidence de Donald Trump, a mis à rude épreuve cette séparation des pouvoirs, ravivant des tensions qui remontent à la guerre de Sécession.

Sous la présidence Trump, la ligne entre l’armée et la politique s’est dangereusement estompée. Le président a déployé la Garde nationale dans des villes confrontées à des manifestations, parfois contre l’avis des gouverneurs et des maires, justifiant ces interventions par des comparaisons alarmistes avec des zones de combat à l’étranger. Il a également invoqué des lois d’urgence, comme la loi sur l’insurrection, dans un but opposé à celui initialement prévu, et encouragé ouvertement le soutien militaire à ses meetings de campagne, notamment à Fort Bragg et à la base navale de Norfolk.

Ces agissements rappellent une période de crise constitutionnelle similaire, celle de 1866-1867, sous la présidence d’Andrew Johnson. À l’époque, le général Ulysses S. Grant, commandant en chef de l’armée, se trouvait au cœur d’un conflit majeur concernant la Reconstruction et les droits des Afro-Américains dans le Sud. Le Congrès avait adopté une loi visant à imposer un régime militaire dans le Sud et à protéger les droits civiques des Noirs, mais Johnson s’y opposait fermement, préférant une approche plus souple qui laissait aux États du Sud une grande autonomie.

Johnson a alors fait pression sur Grant pour qu’il participe à des événements partisans et a même tenté de l’éloigner du pays en l’envoyant en mission diplomatique au Mexique, dans le but de le tenir à l’écart de la crise intérieure. Grant, bien que réticent à s’impliquer directement dans la politique, a accepté de suivre les ordres de Johnson, participant même à une tournée politique de trois semaines avec lui. Cependant, il a rapidement réalisé que sa loyauté envers le président servait à légitimer une politique qu’il jugeait de plus en plus contestable.

La situation s’est envenimée lorsque Johnson a tenté d’envoyer Grant au Mexique, ce dernier suspectant un complot visant à l’écarter de la scène politique. Grant a secrètement informé le général William Tecumseh Sherman qu’il désobéirait à cet ordre, qu’il considérait comme purement politique. Lorsque Johnson a chargé Sherman de prendre le commandement de l’armée en l’absence de Grant, ce dernier a refusé, informant le président que Grant ne se rendrait pas au Mexique.

Johnson a accusé Grant d’insubordination et a consulté son procureur général pour savoir s’il pouvait légalement refuser un ordre. Grant a reconnu son obligation d’obéir aux ordres militaires, mais a affirmé que le président n’avait aucune autorité sur lui en dehors du domaine militaire. Parallèlement, Grant craignait que Johnson ne tente de dissoudre le Congrès, et a pris des mesures pour empêcher une reprise des hostilités dans le Sud, notamment en retirant les armes des arsenaux locaux.

Les tensions ont atteint leur paroxysme avec les élections de mi-mandat de 1866, qui ont vu une victoire des Républicains. Cela a conduit à la mise en accusation de Johnson par le Congrès, qui a adopté des lois de Reconstruction renforçant le pouvoir de l’armée dans le Sud et protégeant les droits des Afro-Américains. Johnson a opposé son veto à ces lois, mais le Congrès a systématiquement annulé ses vetos.

Grant s’est retrouvé pris entre deux feux, devant arbitrer entre les exigences du président et celles du Congrès. Il a finalement choisi de soutenir le Congrès, estimant que son autorité était suprême en matière de politique militaire, en particulier en temps de paix. Son comportement, qualifié d’insubordination par certains, a été motivé par sa conviction que la protection des droits civiques et la préservation de l’Union étaient primordiales.

L’histoire de Grant et de Johnson offre une leçon cruciale sur l’importance de préserver l’indépendance de l’armée et de respecter la séparation des pouvoirs. Aujourd’hui, comme à l’époque de Grant, l’armée ne peut pas remplacer les défaillances de la classe politique. Le véritable remède à une crise politique réside dans le domaine civil, et le rôle approprié des forces armées est de rester en dehors de la mêlée.

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Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.
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