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Berlin ne veut pas des JO ? Après le 100e anniversaire des « Jeux olympiques nazis », la lutte pour le droit d’accueillir à nouveau les Jeux olympiques sera-t-elle l’occasion d’une réflexion historique | Perspective culturelle | Corner International et Global

by Camille Renault

Publié le 30 octobre 2025 07:24:00. Inspirée par le succès des Jeux de Paris, l’Allemagne relance son ambition olympique, mais se heurte à des résistances locales et à un passé chargé d’histoire, notamment à Berlin, qui envisage de postuler pour les Jeux de 2036, un siècle après une édition controversée.

  • Berlin a officiellement déposé sa candidature pour accueillir les Jeux olympiques allemands, avec l’ambition d’organiser les Jeux de 2036, marquant le centenaire des Jeux de 1936.
  • Cette candidature suscite une forte opposition locale, avec des mouvements citoyens appelant à un référendum pour bloquer le projet, en raison de préoccupations financières et historiques.
  • Plusieurs villes allemandes, dont Munich et Hambourg, sont également en lice pour représenter le pays dans la course aux Jeux olympiques.

L’engouement suscité par les Jeux olympiques de Paris 2024 a ravivé les ambitions sportives de l’Allemagne. Le Premier ministre Olaf Scholz s’était d’ailleurs rendu à Paris pendant la compétition, témoignant de l’inspiration que représente cet événement pour le pays. Selon les estimations de l’Institut national de la statistique et de l’économie, les Jeux de Paris auraient contribué à une croissance du produit intérieur brut (PIB) français de 0,3 %.

Cependant, le chemin vers les Jeux olympiques n’est pas sans embûches pour l’Allemagne. Berlin, qui a officiellement déposé sa candidature en mai 2025, souhaite marquer le centenaire des Jeux de 1936. Cette date symbolique est toutefois chargée d’histoire, les Jeux de Berlin de 1936 étant associés au régime nazi et à la propagande idéologique. L’invasion de la Pologne en 1939, trois ans plus tard, marquant le début de la Seconde Guerre mondiale, a également jeté une ombre sur cet événement sportif.

Les critiques à l’égard de l’utilisation des Jeux olympiques de 1936 à des fins de propagande nazie sont nombreuses. La question de savoir si Berlin suivra les traces de Paris et accueillera à nouveau les Jeux un siècle plus tard suscite donc de vives controverses. L’opposition locale s’organise, avec des mouvements citoyens tels que NOlympia Berlin, qui militent pour un référendum afin de bloquer la candidature.

Les préoccupations des Berlinois portent principalement sur les coûts financiers et l’impact sur les services publics. Le budget de Berlin pour 2025 est estimé à moins de 40 milliards d’euros, mais des coupes budgétaires ont déjà été annoncées dans des secteurs clés tels que la culture (réduction de 130 millions d’euros, soit plus de 12 %). Les perspectives budgétaires pour les années suivantes ne sont pas plus encourageantes, avec des prévisions de 43,8 milliards d’euros en 2026 et 44,6 milliards d’euros en 2027.

Le maire de Berlin, Kai Wegner, a défendu le projet, estimant que les Jeux olympiques de 2036 seraient l’occasion de montrer au monde la transformation de la ville et de l’Allemagne au cours des cent dernières années.

« Je crois que peu importe où se dérouleront les Jeux olympiques de 2036, ils se concentreront sur les Jeux olympiques nazis de 1936. Cela fait partie de l’histoire, et tout le monde se concentrera là-dessus. »

Kai Wegner, maire de Berlin

Il a ajouté :

« Je suis fier d’être le maire de cette ville. Cette ville a énormément changé au cours des 100 dernières années. Nous ne soutenons plus la dictature, la xénophobie et la violence de masse. Berlin est désormais une métropole internationale, une ville colorée et diversifiée. »

Kai Wegner, maire de Berlin

Iris Spranger, directrice générale de Berlin chargée des affaires intérieures et des affaires sportives, s’oppose à l’organisation d’un référendum, espérant qu’une communication continue permettra de convaincre les citoyens de soutenir le projet.

Outre Berlin, d’autres villes allemandes sont également intéressées par l’organisation des Jeux olympiques. Munich, qui a accueilli les Jeux d’été en 1972 (marqués par une attaque terroriste ayant coûté la vie aux membres de la délégation israélienne), a obtenu 60 % de soutien public lors d’un référendum en octobre 2025. Hambourg a également exprimé son intérêt.

Le plan de candidature de Berlin, baptisé “Berlin+”, prévoit une collaboration avec les Länder voisins (Brandebourg, Saxe, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Schleswig-Holstein) pour répartir les épreuves. L’accent sera mis sur la rénovation des infrastructures existantes plutôt que sur la construction de nouvelles installations. Les épreuves de beach-volley pourraient se dérouler devant la porte de Brandebourg, le skateboard dans l’ancien aéroport de Tempelhof, et les sports nautiques à Grünau, tandis que les épreuves de voile se dérouleraient sur la côte de la mer Baltique.

L’Allemagne a tiré des leçons de ses expériences passées en matière de candidature olympique. Alfons Hörmann, ancien président des Jeux olympiques allemands, a souligné l’importance d’impliquer la population dès le début du processus et d’adapter le concept olympique à la ville plutôt que l’inverse.

Les Jeux olympiques contemporains sont confrontés à des défis croissants, notamment en termes de coûts, d’impact environnemental et de transparence. L’exemple de Montréal en 1976, qui a contracté une dette massive pour accueillir les Jeux, reste gravé dans les mémoires. Les Jeux de Los Angeles en 1984 ont réussi à inverser la tendance grâce à un modèle économique plus réaliste et à un recours accru au sponsoring.

La question de l’héritage des Jeux olympiques est également au cœur des débats. Les Jeux de Pékin en 2008 et de Sotchi en 2014 ont nécessité des investissements considérables, soulevant des questions sur la pertinence de tels dépenses dans un contexte de préoccupations sociales et environnementales. Selon l’ouvrage La malédiction des Jeux olympiques, le président du CIO, Thomas Bach, pourrait être amené à faire pression sur les pays pour qu’ils se portent candidats, afin d’éviter une nouvelle crise.

En conclusion, la candidature de Berlin pour les Jeux olympiques de 2036 est un projet complexe, porteur d’espoirs et de controverses. Le gouvernement allemand devra convaincre la population locale et les instances olympiques de la pertinence de ce projet, en tenant compte des leçons du passé et des défis du présent. La décision finale reviendra aux Jeux olympiques allemands, qui devront évaluer les candidatures de Berlin, Munich et Hambourg.



L’origine de la « Flamme olympique », que tout le monde connaît désormais, remonte aux Jeux olympiques de Berlin de 1936. À cette époque, la flamme olympique était allumée dans le jardin du Lustre le matin de la cérémonie d’ouverture du 1er août, puis, sous la protection des Jeunesses hitlériennes, elle était livrée au stade olympique dans l’après-midi. Photo/Presse associée

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