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Le journalisme à l’ère de l’impunité

La liberté de la presse est sous attaque à l'échelle mondiale, avec une impunité alarmante pour les crimes commis contre les journalistes. Alors que les menaces évoluent, notamment avec l'essor de la violence sexiste en ligne, les organisations…

Le journalisme à l’ère de l’impunité

La liberté de la presse est sous attaque à l’échelle mondiale, avec une impunité alarmante pour les crimes commis contre les journalistes. Alors que les menaces évoluent, notamment avec l’essor de la violence sexiste en ligne, les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme et multiplient les initiatives pour protéger les professionnels de l’information.

Selon les données les plus récentes, le journalisme n’est pas, statistiquement parlant, une profession particulièrement dangereuse comparée à d’autres secteurs à forte intensité de main-d’œuvre comme le bâtiment, la pêche ou l’exploitation minière. Cependant, le danger réside dans la nature même des attaques : elles visent non seulement l’intégrité physique des journalistes, mais aussi la liberté de la presse et, par extension, la démocratie elle-même.

« L’impunité, où qu’elle soit, n’est pas seulement une injustice envers les victimes et leurs familles : c’est une atteinte à la liberté de la presse, une invitation à davantage de violence et une menace pour la démocratie elle-même », a déclaré António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité pour les crimes contre les journalistes, le 2 novembre.

Cette année, l’UNESCO a mis l’accent sur la violence sexiste facilitée par l’intelligence artificielle (IA) à l’égard des femmes journalistes, un phénomène en forte augmentation qui a un effet dissuasif sur la liberté d’expression. Le thème de la campagne, « Chat GBV : Sensibilisation à la violence basée sur le genre facilitée par l’IA à l’égard des femmes journalistes », reflète une accélération des menaces, des attaques, des détentions et des meurtres de journalistes dans le monde, ainsi qu’une augmentation des facteurs de crise contribuant à l’impunité.

Les chiffres sont préoccupants. L’UNESCO estime que 85 % des crimes contre les journalistes restent impunis entre 2006 et 2024. Une étude de la Commonwealth Human Rights Initiative, publiée en septembre, révèle un taux d’impunité encore plus élevé, atteignant 96 % pour les meurtres de journalistes entre 2006 et 2023, avec seulement huit cas résolus sur 213.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui suit les cas de journalistes détenus, disparus ou tués depuis 1992, a enregistré un indice d’impunité de 77 % en 2024. L’année dernière a été particulièrement meurtrière, avec 361 journalistes emprisonnés dans le monde au 1er décembre 2024 – le deuxième nombre le plus élevé jamais enregistré. Haïti, inscrite pour la première fois à l’indice du CPJ en 2023, a pris la première place, suivie d’Israël, en raison du nombre record de journalistes palestiniens tués.

Phil Chetwyn, directeur de l’information mondiale à l’Agence France-Presse, a souligné que « le climat auquel sont confrontés les journalistes s’est assombri à des niveaux jamais vus depuis des décennies, reflétant une escalade coordonnée de la violence, de l’intimidation et de la censure ». Reporters sans frontières a recensé 50 journalistes tués entre janvier et octobre 2025, tandis que l’Observatoire des journalistes assassinés de l’UNESCO en dénombre 84 pour la même période.

La liberté d’expression est également en déclin. Selon le rapport mondial sur l’expression 2025 d’Article 19, plus de 5,6 milliards de personnes ont vu leur liberté d’expression diminuer au cours des dix dernières années. Seuls 4 % de la population mondiale, soit moins de 300 millions de personnes, ont connu des améliorations en matière de liberté d’expression.

La situation est particulièrement critique dans certains pays. Malgré un cessez-le-feu fragile, les journalistes internationaux ne sont toujours pas autorisés à entrer à Gaza. Aux États-Unis, l’administration en place est accusée d’attaquer régulièrement la presse, de la manipuler et d’utiliser le droit contre ses critiques. En septembre, la Maison Blanche a imposé des sanctions à trois organisations de défense des droits humains enquêtant sur les crimes de guerre avec la Cour pénale internationale (CPI), ce qui pourrait avoir incité le Mali, le Burkina Faso et le Niger à se retirer de la CPI.

Si des cadres internationaux existent pour lutter contre l’impunité, il reste encore beaucoup à faire pour obtenir des résultats concrets. Le plaidoyer et la sensibilisation restent essentiels pour garantir que justice soit rendue aux victimes.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.