Publié le 4 novembre 2025 à 16h51. Le théâtre « Yoriks » de Rezekne offre une interprétation saisissante de « Crâne du Connemara » de Martin McDonagh, une pièce sombre et captivante portée par une distribution talentueuse, dont plusieurs acteurs issus du théâtre russe de Riga.
- La pièce de Martin McDonagh, « Crâne du Connemara », est jouée avec succès au théâtre « Yoriks » de Rezekne, avec une distribution incluant des acteurs du théâtre russe de Riga.
- La mise en scène d’Edvīnas Klimanovs met en lumière la complexité des personnages et les thèmes sombres de la pièce, notamment la mort, le secret et la rédemption.
- Ivan Streltsova livre une performance particulièrement remarquable dans le rôle de Mick Dowd, un homme hanté par son passé.
La popularité du dramaturge et metteur en scène britannique d’origine irlandaise Martin McDonagh ne cesse de croître sur les scènes lettones. Edvīnas Klimanovs, diplômé de l’Académie lettone de la culture, contribue activement à ce succès en présentant « Crâne du Connemara » après avoir déjà mis en scène « Cripple of Inishman » au théâtre « Yoriks » de Rezekne et une production acclamée à Riga. Une particularité notable de cette production est la participation de quatre acteurs du théâtre russe de Riga de Mikhaïl Tchekhov, une collaboration qui soulève des interrogations quant aux choix de programmation du théâtre russe.
Il est difficile de savoir pourquoi la direction du théâtre Tchekhov n’a pas intégré cette pièce à son propre répertoire, malgré le succès de McDonagh dans cette même salle. Certains évoquent des doutes quant à l’accueil du public, tandis que d’autres la jugent trop sombre – un argument qui paraît paradoxal au regard de la programmation actuelle du théâtre. Quoi qu’il en soit, la mise en scène de « Crâne du Connemara » se distingue par sa qualité, surpassant certaines autres productions qui ont pourtant trouvé leur place sur les planches du théâtre Tchekhov.
« Crâne du Connemara » n’est pas une première en Lettonie. La pièce a déjà été présentée sous différents titres : « Lantern Hour » au théâtre de Liepaja (2011) et « Iru miroņgalva » au théâtre Daile (2022), mise en scène par Amy Milbärna. Elle constitue le volet central de la trilogie dite Līnen, qui précède « La Reine de beauté de Līnen » et succède à « Lonesome West ». Cependant, cette appartenance à une trilogie n’altère en rien la perception de l’œuvre, qui peut être appréciée comme une entité autonome. Les spectateurs attentifs remarqueront, si le metteur en scène ne l’a pas supprimé, que la raison de l’exhumation des tombes de sept ans et demi est liée à l’enterrement de Meg Folan, un événement qui se produit dans « La Reine de beauté de Līnen ». De même, le père Welsh, personnage récurrent dans « Crâne du Connemara », trouve la mort dans « Lonesome West ».
La scénographie, signée Darja Vipulis, est particulièrement ingénieuse, utilisant des caisses en bois pour représenter les tombes. Elle crée un environnement austère et rude, où les habitants, avides de divertissement, sont constamment hantés par le poids du passé. Dans cette intrigue à la fois tragique et comique, le réalisateur, en collaboration avec l’acteur Ivan Streltsova, a su donner vie à un personnage de Mick Dowd complexe et nuancé, peut-être plus profond et sensible que ce que l’auteur avait initialement imaginé. Streltsova, plus jeune que le personnage qu’il incarne, livre une performance poignante, incarnant un homme brisé par la perte de sa femme, sombrant dans l’alcoolisme et les conversations stériles, et se livrant chaque année à un rituel macabre : déterrer les os des morts et fracasser des crânes, une forme de vengeance contre l’injustice de l’existence.
Elīna Bartkevičas, fraîchement diplômée de l’Académie lettone de la culture, apporte une autre surprise en incarnant la vieille Marie avec une présence à la fois grotesque et saisissante. Elle est une figure effrayante, impitoyable et avide de petites escroqueries. Mikhaïl Shiryaev et Volodomir Gorislavets complètent l’ensemble avec justesse dans les rôles des deux frères, l’un naïf et l’autre, policier, exerçant un certain pouvoir. Evilena Protektore (chant) et Arturs Skuteļskis (chorégraphie) ont également contribué à l’atmosphère générale du spectacle.
Il est à espérer que cette production sera reprise, car elle constitue une interprétation remarquable de l’œuvre de McDonagh dans le paysage théâtral letton contemporain.
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