Publié le 6 novembre 2025 à 05h00. La FIFA, souvent critiquée pour son image et ses alliances, lance un prix de la paix annuel, suscitant des réactions mitigées et des interrogations sur les motivations de l’instance dirigeante du football mondial.
- La FIFA va décerner un prix annuel récompensant les personnes œuvrant pour la paix.
- Le premier lauréat sera annoncé le 5 décembre à Washington DC, lors du tirage au sort de la Coupe du monde.
- Cette initiative est accueillie avec scepticisme, certains craignant qu’elle ne serve à embellir l’image de la FIFA et à courtiser des personnalités controversées.
La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a annoncé mercredi la création d’un prix de la paix, destiné à honorer chaque année des individus engagés dans la promotion de la paix à travers le monde. La première remise de ce prix est prévue le 5 décembre prochain à Washington DC, en marge du tirage au sort de la Coupe du monde.
Selon un communiqué de la FIFA, ce prix vise à « reconnaître les contributions exceptionnelles de ceux qui travaillent dur pour mettre fin aux conflits et rassembler les peuples dans un esprit de paix ». Le président de la FIFA, Gianni Infantino, remettra personnellement le prix au lauréat.
Cette annonce a suscité des réactions contrastées. Mina Finstad Berg, commentatrice sportive pour TV 2, estime que cette initiative s’inscrit dans une volonté de la FIFA de se positionner comme un acteur de la paix. Elle souligne que « les images grandioses de soi et les pensées pompeuses sur l’importance de la FIFA ne manquent pas parmi ces élites du football ».
Plusieurs observateurs s’interrogent sur le choix du lauréat, craignant que la FIFA ne cherche à s’attirer les faveurs de personnalités controversées. Sur la plateforme X (anciennement Twitter), le journaliste du Times Martyn Ziegler a ironisé : « Infantino remettra le prix avant le tirage au sort de la Coupe du monde à Washington le 5 décembre, et il le remettra bien sûr à Donald Trump. Ici, ils passent à un nouveau niveau. » Voir le tweet. Adam Crafton, du Athletic, s’est également interrogé : « A-t-il réellement fixé un prix pour Trump ? » Voir le tweet.
Infantino a par le passé salué les efforts de paix de l’ancien président américain Donald Trump. Ce dernier avait d’ailleurs affirmé avoir résolu de nombreux conflits armés et estimait qu’il aurait dû recevoir le prix Nobel de la paix cette année. Lire l’article sur les déclarations de Trump.
Mina Finstad Berg ne serait pas surprise si Trump était le premier lauréat de ce prix. « Infantino s’efforce depuis longtemps de s’attirer les bonnes grâces de Trump et fait tout ce qu’il peut pour entretenir de bonnes relations avec lui », explique-t-elle. « Ainsi, un prix de la paix de la FIFA six mois avant la Coupe du monde aux États-Unis, après que Trump n’ait pas réussi à obtenir le prix Nobel de la paix, convient sûrement parfaitement à Infantino et à Trump. »
Jostein Hole Kobbeltvedt, directeur général de la fondation Rafto, estime que l’initiative de la FIFA n’est pas intrinsèquement problématique, mais souligne la nécessité d’une vigilance accrue. Il met en garde contre le risque que la FIFA utilise ce prix pour légitimer des régimes autoritaires, rappelant que l’instance a souvent été critiquée pour avoir utilisé le football à des fins politiques. « Quand on voit comment la FIFA sous Infantino, et avant, a utilisé le football pour légitimer des régimes autoritaires et des dirigeants lavés par les droits de l’homme avec du sang sur les mains », a-t-il déclaré à TV 2, « il est alors clair que je m’inquiéterai de l’utilisation de ce prix. »
Kobbeltvedt s’interroge également sur le choix potentiel de Trump comme lauréat, estimant que cela ne ferait que confirmer l’impression que la FIFA cherche à s’attirer les faveurs de dirigeants controversés, comme elle l’a fait avec l’Arabie saoudite, pays hôte de la Coupe du monde 2034, malgré ses préoccupantes violations des droits de l’homme.
« Il est frappant qu’Infantino estime que le football et la politique ne doivent pas se mélanger, alors qu’il tisse des réseaux avec des chefs d’État, qu’il siège à l’ONU, qu’il participe à de grandes conférences politiques et qu’il a désormais créé son propre prix de la paix », conclut Finstad Berg. « Ce qui revient peut-être à l’un des présidents américains les plus controversés de tous les temps. »