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Quand les femmes gagnent : la révolution du cricket en Inde

by Camille Renault

Publié le 10 novembre 2025 à 23h04. L’équipe indienne de cricket féminin a remporté une victoire historique en battant l’Afrique du Sud en finale de la Coupe du monde ODI, marquant un tournant majeur pour le sport féminin en Inde et défiant des décennies de domination australienne et anglaise.

  • Pour la première fois, ni l’Australie ni l’Angleterre ne figurent parmi les finalistes de la Coupe du monde féminine de cricket.
  • Shafali Verma, jeune prodige indienne, a joué un rôle déterminant dans la victoire, tant au bâton qu’à la balle.
  • Ce triomphe est porteur d’un message politique fort, remettant en question les conditionnements sociaux et promouvant l’égalité des genres dans le sport.

Mumbai a vibré au rythme d’une victoire qui résonne bien au-delà des limites du terrain de cricket. L’équipe indienne a brisé un cycle de domination qui avait longtemps caractérisé le cricket féminin mondial, ouvrant une nouvelle ère pour un sport en pleine expansion. La finale de la Coupe du monde ODI 2025, disputée au stade DY Patil, a vu l’Inde triompher de l’Afrique du Sud, dans un match où l’audace et la stratégie se sont conjuguées pour un résultat historique.

L’impact de Shafali Verma a été particulièrement notable. Ses manches explosives ont donné le ton dès le début, incarnant une nouvelle génération de joueuses indiennes intrépides. La capitaine sud-africaine, Laura Wolvaardt, a souligné l’effet de surprise qu’a provoqué son bowling occasionnel :

« Son bowling a été un facteur de surprise, et il est frustrant d’avoir accordé à Verma deux guichets importants. »

Laura Wolvaardt, capitaine sud-africaine

Mais la victoire indienne ne repose pas uniquement sur les performances individuelles. La précision du bowling de Deepti Sharma, la maîtrise de Shree Charani au milieu des overs et l’interception spectaculaire d’Amanjot Kaur ont contribué à étouffer l’équipe adverse. Pour un pays où le cricket a longtemps été associé à une culture masculine, cette victoire est perçue comme un véritable séisme, un moment de fierté nationale où le soutien du public s’est manifesté avec une ferveur inédite.

Cette victoire a également une dimension politique importante. Dans une société où les femmes sont souvent confrontées à des préjugés et à des limitations, l’équipe indienne a redéfini les notions d’ambition et de détermination. Le cricket féminin en Inde a longtemps été une lutte pour la visibilité et la reconnaissance. Les difficultés rencontrées par les équipes précédentes, notamment lors des finales de Coupe du monde de 2005 et 2017, témoignent de ce combat. Elles ont joué devant des tribunes clairsemées et sous une couverture médiatique limitée.

Shafali Verma, de l'Inde, chauve-souris lors du match final de la coupe du monde de cricket féminin de l'ICC Inde 2025 entre l'Inde et l'Afrique du Sud à l'Académie sportive Dr. DY Patil, le 02 novembre 2025 à Navi Mumbai, Inde. (Photo de Nikhil Patil/Getty Images)

Shafali Verma au bâton lors de la finale de la Coupe du monde de cricket féminin ICC (Nikhil Patil/Getty Images)

Un tournant majeur a été amorcé avec l’implication croissante du Conseil de contrôle du cricket en Inde (BCCI), en particulier sous la présidence de Sourav Ganguly et le secrétariat de Jay Shah, qui ont jeté les bases de la Women’s Premier League (WPL). Cette initiative s’inscrit dans une dynamique mondiale, où des ligues professionnelles comme la Women’s Big Bash League (WBBL) australienne ont permis de professionnaliser le cricket féminin et de promouvoir l’égalité dans le sport.

La décision historique d’octobre 2022 d’aligner les frais de match des joueurs et joueuses a constitué une réforme structurelle essentielle. Cette victoire indienne crée un précédent régional, démontrant que le soutien institutionnel, la visibilité et la parité financière sont des facteurs clés de succès.

Au-delà de l’Inde, cette victoire résonne dans toute l’Asie du Sud. Les joueuses sri lankaises, dirigées par Chamari Athapaththu, luttent pour la reconnaissance malgré des ressources limitées, tandis que les joueuses pakistanaises, pionnières comme Sana Mir et Bismah Maroof, évoluent sous une pression sociale intense. La situation est particulièrement tragique en Afghanistan, où les joueuses de cricket s’entraînent dans l’espoir de représenter leur pays, un espoir brutalement réduit depuis le retour des talibans. Leur exclusion du cricket international est le symbole d’une répression politique qui prive les femmes de leur liberté fondamentale d’être des athlètes.

Même si le Bangladesh a réalisé des progrès significatifs ces dernières années, l’investissement dans le cricket féminin reste insuffisant. Le Népal et les Maldives développent leurs programmes à partir de la base, mais sont confrontés à des défis en matière d’infrastructures et de visibilité.

Le succès de l’équipe indienne témoigne d’un mouvement régional plus large, où les femmes revendiquent leur place et exigent des investissements dans un domaine longtemps dominé par les hommes. Au Sri Lanka, au Bangladesh, au Pakistan, au Népal et aux Maldives, des talents immenses sont limités par des systèmes fragiles. La leçon à retenir est que lorsque les femmes bénéficient des infrastructures, du soutien institutionnel et d’une rémunération équitable, elles peuvent dépasser toutes les attentes.

Le chemin parcouru par l’Inde n’a pas commencé avec l’égalité salariale ou les ligues télévisées. Il a débuté dans les années 1970 avec des pionnières comme Diana Edulji et Shantha Rangaswamy, qui jouaient sans le soutien du BCCI, sans sponsors et avec une reconnaissance limitée. Elles confectionnaient leurs propres uniformes, voyageaient en seconde classe et dormaient par terre. La fusion en 2006 de la Women’s Cricket Association of India (WCAI) avec la BCCI a constitué une étape importante, mais l’égalité est restée un objectif lointain pendant de nombreuses années. La nouvelle génération, incarnée par Shafali Verma, Richa Ghosh, Jemimah Rodrigues, Deepti Sharma et Harmanpreet Kaur, représente une transformation sociale qui est le fruit de l’ambition et de familles qui ont osé croire en leur potentiel.

En Asie du Sud, le sport a toujours reflété les dynamiques de classe, de genre et d’identité nationale. Le succès de l’équipe indienne s’inscrit dans ce récit plus large de représentation. Pendant des décennies, le cricket international en Asie du Sud a été dominé par les rivalités masculines Inde-Pakistan et Sri Lanka-Bangladesh. Cette victoire pourrait servir de métaphore de la coopération régionale, si le BCCI continue de promouvoir le cricket féminin dans toute l’Asie du Sud, y compris son engagement envers l’Afghanistan. Malgré les tensions géopolitiques, cette victoire peut être un vecteur de rapprochement.

Alors qu’Harmanpreet soulevait le trophée, celui-ci brillait sous les projecteurs, symbolisant bien plus qu’une simple victoire sportive. Il incarnait une nouvelle ère pour le sport indien, un nouvel espoir pour l’Asie du Sud et une vérité indéniable : quand les femmes gagnent, les nations se dressent.

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