Publié le 11 novembre 2023 16:30:00. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a jugé lundi impossibles des élections libres et équitables au Myanmar le mois prochain, alors que le pays est ravagé par la violence et que l’armée au pouvoir réprime toute opposition.
- Volker Turk, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, dénonce une situation humanitaire alarmante au Myanmar.
- La junte militaire, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, prévoit des élections le 28 décembre, mais ces dernières sont largement considérées comme un simulacre.
- Les groupes rebelles s’opposent fermement à ce scrutin et menacent de le bloquer dans les zones sous leur contrôle.
La tenue d’élections crédibles au Myanmar, plongé dans le chaos depuis le coup d’État militaire de février 2021, est désormais compromise, selon l’ONU. Volker Turk a exprimé ses préoccupations lors d’une interview à l’AFP à Genève, soulignant que les conditions actuelles rendent un processus électoral juste et équitable impensable.
« Organiser des élections dans ces circonstances est inconcevable », a déclaré Turk. Il a précisé que l’armée avait « entièrement restreint l’espace civique, les opposants étant arrêtés et les journalistes tués », tout en menant des « lourds bombardements de civils » et en maintenant une guerre civile, notamment dans l’État de Rakhine.
La junte au pouvoir justifie l’organisation de ce scrutin, prévu le 28 décembre, comme une étape vers la paix et la réconciliation nationale. Cependant, cette initiative est largement perçue comme une tentative de légitimer son pouvoir et de masquer la répression en cours. Le vote sera impossible dans les régions contrôlées par les groupes armés pro-démocratie et les factions ethniques rebelles, qui se sont engagés à entraver le processus électoral.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent également le caractère illégitime de ces élections, notamment en raison de la destitution et de l’emprisonnement d’Aung San Suu Kyi, figure emblématique de la démocratie birmane, et de la dissolution de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). La junte avait pris le pouvoir en invoquant des allégations de fraude électorale lors des élections de 2020, que la LND avait remportées avec une large majorité.
Depuis le coup d’État, le Myanmar est le théâtre d’une guerre civile complexe, opposant l’armée à de nombreux groupes armés, notamment des guérilleros pro-démocratie et des factions issues de minorités ethniques. Le bilan de ce conflit est difficile à établir avec précision, les estimations variant considérablement. Toute forme de protestation contre le scrutin est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.
Malgré la gravité de la situation, le Myanmar souffre d’un manque de couverture médiatique, comme l’a souligné Volker Turk : « Malheureusement, la situation au Myanmar ne reçoit pas suffisamment d’attention médiatique et les gens souffrent. »