Publié le 11 novembre 2025 à 20h49. Le Festival international du film de Tokyo 2025 se distingue par une programmation audacieuse, mettant en lumière le cinéma asiatique avec une perspective rafraîchissante et une attention particulière portée aux œuvres issues d’Asie du Sud-Est.
Le festival, qui s’est ouvert avec le drame « Climbing for Life », un film japonais, a rapidement mis en avant la richesse et la diversité du cinéma de la région. Si les films nationaux japonais constituent le cœur de la programmation – souvent vendus avant même que les spectateurs ne puissent se procurer des billets – le TIFF s’est également illustré par sa sélection de films provenant de toute l’Asie, une approche contrastant fortement avec les festivals nord-américains.
La section « Asia Now », dédiée aux réalisateurs émergents ayant réalisé trois longs métrages ou moins, couvre une vaste zone géographique s’étendant de la Turquie au Japon, soit plus de 8 000 kilomètres (5 000 miles). Cette orientation pan-asiatique, ponctuée de quelques œuvres nord-américaines et européennes, offre une perspective unique, particulièrement appréciée par ceux qui, comme le critique présent, se sentent moins en phase avec le cinéma américain actuel.
L’Asie du Sud-Est a été particulièrement mise à l’honneur cette année, avec trois films de la région en compétition. Le premier, « Mère Bhumi », a marqué la soirée d’ouverture, attirant des centaines de fans venus admirer l’actrice chinoise Fan Bingbing dans un rôle transformateur. L’actrice y livre une performance déglammée et intense, incarnant Hong Im, une guérisseuse respectée au sein d’une communauté chinoise malaisienne dans la vallée de Bujang.
Le film explore les tensions entre les différentes communautés religieuses, linguistiques et ethniques de la région dans les années 1990, alors que le gouvernement malais restitue des terres aux propriétaires d’origine. Hong Im se positionne alors comme une défenseure des propriétaires fonciers chinois menacés par la nouvelle loi, une mission empreinte de tragisme et de doute. Si le film aborde des thèmes politiques complexes, son approche discrète et symbolique peut laisser les spectateurs internationaux sur leur faim, l’attrait principal résidant dans la réalisation soignée de Chong Keat Aun.
La mise en scène et la cinématographie de « Mère Bhumi » sont particulièrement remarquables, privilégiant les plans larges et les mouvements de caméra fluides. Une scène d’exorcisme, filmée avec une élégance saisissante, contraste violemment avec la violence de la crise, créant un effet visuel puissant. Cependant, le rythme lent et contemplatif du film pourrait ne pas convenir à tous les publics.
Le film thaïlandais « Cuisine de la mort », réalisé par Pen-ek Ratanaruang, adopte un rythme plus ironique et onirique. Cette coproduction internationale, marquée par une multitude de logos, mêle influences et talents de toute la région. Le film réunit Ratanaruang avec l’acteur japonais Tadanobu Asano, qui y incarne un artiste prétentieux avec un humour décalé.
Le réalisateur collabore également avec le directeur de la photographie hongkongais Christophe Doyle, connu pour son travail sensuel avec Wong Kar-wai. Doyle apporte sa sensibilité à des plans saisissants d’ingrédients thaïlandais, tels que l’ail et les piments sautés dans des woks irisés, tandis que la protagoniste, Sao (Bella Boonsang), poursuit son rêve de devenir chef professionnelle. Son parcours est semé d’embûches, la conduisant à s’impliquer dans un étrange complot de vengeance surnaturelle.
Le film explore la nature codépendante de l’amour et de la haine, et constitue une ode à la cuisine thaïlandaise. Lors de la première à Tokyo, Doyle a plaisanté sur le « food porn » et s’est excusé auprès du traducteur pour ses blagues sur les pets, tandis que Ratanaruang et Boonsang restaient impassibles, habitués à l’excentricité de Doyle.
Le cinéaste cambodgien Rithy Panh, figure emblématique du cinéma de son pays, a également présenté son nouveau film, « Nous sommes les fruits de la forêt ». Le film aborde la question de la destruction de l’environnement et de la perte des terres ancestrales du peuple Bunong, rappelant les sombres années du régime des Khmers rouges. Le film dénonce l’empiétement du capitalisme sur les modes de vie traditionnels, soulignant la fragilité de ces communautés face à la cupidité des propriétaires fonciers et aux effets du changement climatique.
Tourné pendant quatre ans avec une caméra à la main, le film offre un témoignage poignant de la lutte des Bunong pour préserver leur mode de vie. Il ne recule pas devant la réalité de la chasse, un élément essentiel de leur survie, et met en lumière l’urgence de la situation environnementale.
Enfin, le film vietnamien « Tunnels : Soleil dans le noir », bien qu’il ne fasse pas partie de la compétition principale, a suscité un vif intérêt pour sa perspective non occidentale. Le film suit un groupe de guérilleros Viet Cong se cachant dans les tunnels de Chu Chi pendant la guerre du Vietnam, offrant une vision romantique du conflit et du sacrifice. Le film a connu un grand succès au Vietnam, renforçant un sentiment de fierté nationale.