Milan, Italie – Le parquet de Milan a ouvert une enquête sur des allégations troublantes concernant des « safaris de tireurs d’élite » organisés en Bosnie-Herzégovine pendant le siège de Sarajevo dans les années 1990, impliquant des ressortissants italiens qui auraient payé pour tuer des civils.
- Une enquête a été ouverte suite à une plainte déposée par un journaliste italien.
- Des témoignages suggèrent que des sommes variables étaient demandées en fonction de la victime (homme, femme, enfant).
- Plus de 11 000 personnes ont péri durant le siège de Sarajevo, qui a duré quatre ans.
L’affaire a été relancée par la publication d’un documentaire en 2022 et les conclusions d’une enquête menée par le journaliste et écrivain Ezio Gavazzini. Ce dernier affirme avoir rassemblé des preuves, dont un rapport de l’ancienne maire de Sarajevo, Benjamina Karic, et le témoignage d’un officier des renseignements militaires bosniaques, suggérant que des individus fortunés organisaient des expéditions pour tirer sur des civils depuis les collines surplombant la ville assiégée.
Selon les informations recueillies, les participants à ces macabres « safaris » seraient arrivés en Bosnie-Herzégovine, notamment depuis Trieste, en Italie, en se faisant passer pour des humanitaires afin de franchir les points de contrôle. Ils auraient ensuite versé des pots-de-vin pour obtenir l’autorisation de tirer sur des cibles civiles. Des sommes considérables, pouvant atteindre 100 000 euros (valeur actuelle), auraient été déboursées pour ces meurtres ciblés, avec des tarifs différents selon le sexe et l’âge des victimes.
L’officier des renseignements bosniaque, dont le témoignage est au cœur de l’enquête, a déclaré que les services de renseignement italiens (SISMI) avaient été informés de ces activités à la fin de 1993 et au début de 1994. Une réponse du SISMI aurait suivi quelques mois plus tard, conduisant à l’arrêt de ces voyages, selon l’officier.
Cette affaire n’est pas nouvelle. Des accusations similaires avaient déjà émergé il y a trente ans, notamment dans le journal italien Corriere della Sera, mais sans preuves tangibles. L’enquête actuelle a été initiée après la diffusion du documentaire « Sarajevo Safari » du réalisateur slovène Miran Zupanic, qui met en cause des ressortissants de plusieurs pays, dont l’Italie, les États-Unis et la Russie.
Ezio Gavazzini a déclaré à la La Repubblica que « de nombreuses » personnes auraient participé à ces pratiques, « au moins une centaine ». Il a également souligné l’« indifférence face au mal » dont ont fait preuve les auteurs de ces actes.
L’affaire rappelle également le cas d’Edouard Limonov, un écrivain et homme politique russe nationaliste, filmé en 1992 en train de tirer avec une mitrailleuse lourde sur Sarajevo aux côtés de Radovan Karadzic, le dirigeant serbe de Bosnie, ultérieurement reconnu coupable de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Cependant, Limonov n’aurait pas payé pour cette expérience, motivé par son admiration pour Karadzic.
Les procureurs milanais ont identifié une liste de témoins potentiels dans le cadre de leur enquête, qui vise à déterminer l’étendue de l’implication de chaque individu. L’enquête en Bosnie-Herzégovine semble, quant à elle, au point mort.
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