Publié le 2024-06-28 14:00:00. Le Canada mise sur un afflux de chercheurs et d’universitaires de renom, notamment américains, en lançant un plan d’investissement de 1,7 milliard de dollars sur 13 ans, une stratégie favorisée par un climat de plus en plus incertain pour la science aux États-Unis.
- Le gouvernement fédéral canadien s’engage à investir jusqu’à 1,7 milliard de dollars pour attirer des talents internationaux dans les universités et laboratoires de recherche.
- Un intérêt croissant pour le Canada est observé chez les scientifiques américains et les chercheurs canadiens expatriés, en raison des pressions exercées sur la recherche et l’enseignement supérieur aux États-Unis.
- L’Université de Toronto est à l’avant-garde de cette initiative, dévoilant de nouvelles recrues et un programme de financement de 24 millions de dollars pour soutenir les chercheurs postdoctoraux.
Alors que les universités canadiennes sont traditionnellement ouvertes aux chercheurs étrangers, une nouvelle vague d’intérêt se manifeste, particulièrement en provenance des États-Unis. Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, confirme avoir constaté une augmentation significative des candidatures.
« J’ai sur mon bureau des CV de scientifiques des États-Unis, de scientifiques canadiens du [des] États-Unis, mais aussi des immigrants. »
Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec
Selon M. Quirion, cette situation est liée à un contexte de crise aux États-Unis, marqué par des attaques contre la science et les universités. Il souligne que la situation a évolué rapidement au cours des derniers mois.
Le budget fédéral canadien prévoit des investissements importants pour recruter les meilleurs talents internationaux, notamment des scientifiques et des universitaires de haut niveau, ainsi que pour soutenir les étudiants au doctorat et les chercheurs postdoctoraux. L’objectif est de renforcer l’innovation et l’excellence en recherche au Canada.
L’Université de Toronto, qui compte plus de 102 000 étudiants, est l’une des institutions les plus actives dans cette démarche. Elle a récemment annoncé le recrutement de plusieurs chercheurs de renom originaires des États-Unis et a mis en place un programme de 24 millions de dollars pour soutenir les chercheurs postdoctoraux. Ce programme vise à créer 100 nouveaux postes postdoctoraux.
Melanie Woodin, présidente de l’Université de Toronto et professeure de neurosciences, estime que cette initiative représente une opportunité unique pour le Canada.
« La volonté actuelle d’attirer les meilleurs talents est une stratégie canadienne visant à faire gagner le Canada, dans ce qui semble être une opportunité unique dans une génération. »
Melanie Woodin, présidente de l’Université de Toronto et professeure de neurosciences
L’université recrute habituellement environ 120 nouveaux professeurs par an, dont la moitié sont d’origine étrangère. Cependant, elle intensifie ses efforts de recrutement pour profiter des opportunités actuelles.
Parmi les nouvelles recrues de l’Université de Toronto figurent l’économiste Mark Duggan, qui rejoindra la Munk School of Global Affairs & Public Policy en provenance de l’Université Stanford, ainsi que Jacquelyn Pless et l’astrophysicienne Sara Seager, toutes deux issues du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ils débuteront leurs fonctions à l’automne 2026. Sara Seager est une experte renommée dans le domaine de la recherche d’exoplanètes.
M. Duggan estime que ses recherches sur les soins de santé, les programmes sociaux, la criminalité et la défense peuvent apporter une contribution significative aux enjeux auxquels le Canada est confronté.
« C’est tout simplement super excitant d’aller dans la plus grande ville du Canada… et à un moment où j’espère que, compte tenu de mes antécédents et de la situation actuelle du Canada, je pourrai ajouter une certaine valeur. »
Mark Duggan, économiste
L’Université de Toronto a également attiré des professeurs de l’Université Yale et de l’Université de Californie du Sud dans le cadre de cette stratégie de recrutement.
Cependant, cette initiative soulève des inquiétudes quant à la capacité du système postsecondaire canadien à absorber ces nouveaux talents. Robin Whitaker, présidente de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) et professeure agrégée d’anthropologie à l’Université Memorial de St. John’s, souligne que le système est déjà confronté à une crise de financement.
« Ils sont les bienvenus dans un système confronté à une crise de financement, où les chercheurs existants sont en difficulté. »
Robin Whitaker, présidente de l’ACPPU
Elle met en garde contre le risque de ne pas soutenir suffisamment les chercheurs canadiens existants, alors que les inscriptions universitaires sont en baisse et que les financements provinciaux sont limités. Les récentes réductions prévues concernant les étudiants internationaux pourraient aggraver cette situation.
Rémi Quirion estime que le budget de base du financement de la recherche au Canada devrait au moins doubler pour soutenir l’arrivée de ces nouveaux chercheurs et garantir un financement adéquat pour tous. Il souligne que le taux de réussite des demandes de subvention auprès des Instituts de recherche en santé du Canada est actuellement d’environ 15 pour cent.
M. Quirion privilégie un soutien accru aux chercheurs débutants, tant canadiens qu’internationaux, afin de favoriser le développement d’une longue carrière au Canada.