Publié le 17 novembre 2025 à 21h41. La vente du quotidien britannique The Telegraph est compromise par une clause financière cachée qui pourrait imposer au journal une dette colossale envers les Émirats arabes unis, après le retrait d’une offre d’acquisition américaine.
- Le retrait de RedBird Capital Partners relance l’incertitude quant à l’avenir du journal.
- Une dette potentielle de 150 millions de livres sterling (environ 175 millions d’euros) envers les Émirats arabes unis plane sur le titre.
- Le gouvernement britannique pourrait être contraint d’intervenir pour préserver l’indépendance du journal.
L’opération de vente du Telegraph a pris une tournure inattendue après le désengagement de RedBird Capital Partners, qui poursuivait depuis deux ans l’acquisition du titre en collaboration avec IMI, une société de médias liée au vice-président des Émirats arabes unis. Le retrait de RedBird, annoncé vendredi, fait craindre une « pilule empoisonnée » : une clause contractuelle qui pourrait contraindre le journal à assumer une dette de 500 millions de livres sterling (environ 580 millions d’euros) envers les Émirats arabes unis.
L’offre initiale de RedBird et IMI, formulée en décembre 2023, reposait sur un montage financier complexe visant à rembourser les dettes de la famille Barclay, les anciens propriétaires du Telegraph, grâce à un nouveau prêt principalement financé par Abu Dhabi. Or, l’incapacité de RedBird et IMI à convertir leurs prêts en participation au capital pourrait désormais se retourner contre le journal.
Selon les termes de l’accord de prêt, l’évaluation du Telegraph dépassait les 500 millions de livres sterling, un prix qu’aucun autre acheteur potentiel n’a été en mesure d’égaler. Même RedBird, malgré ses liens persistants avec les Émirats arabes unis, n’a pas pu réunir les fonds nécessaires avant l’échec de l’opération vendredi.
Des sources proches du processus indiquent que si le prêt n’est pas intégralement remboursé lors d’une éventuelle vente du Telegraph, le différentiel pourrait être comptabilisé comme une dette supplémentaire au bilan du journal. Les analystes et les soumissionnaires potentiels évaluent actuellement le Telegraph à environ 350 millions de livres sterling, ce qui impliquerait une dette de 150 millions de livres sterling envers les Émirats arabes unis, assortie de taux d’intérêt inconnus.
La révélation de cette clause financière a mis la pression sur les autorités britanniques pour qu’elles interviennent afin de garantir l’avenir du Telegraph. Sir Keir Starmer, leader de l’opposition, a déclaré lundi sa détermination à trouver une solution rapide dans l’intérêt public, mais le gouvernement n’a pas encore précisé sa stratégie.
Cette « pilule empoisonnée » est perçue comme un obstacle majeur à la vente et à la pérennité du journal. Elle pourrait dissuader les acheteurs potentiels, qui se retrouveraient avec une dette substantielle réduisant leur capacité à investir dans le développement du Telegraph, à un moment crucial de la transformation numérique de la presse.
L’accord initial avait été conclu dans le cadre d’une stratégie visant à sécuriser l’acquisition pour IMI et RedBird, en contournant une vente aux enchères supervisée par des administrateurs indépendants. Cette dernière était soumise à des règles strictes et visait à trouver un propriétaire approprié tout en récupérant les dettes en souffrance.
Après avoir été bloquée suite à une vive controverse sur la liberté de la presse, IMI avait tenté de vendre son option d’achat sur le Telegraph, mais sans succès, refusant d’accepter des offres inférieures à 500 millions de livres sterling. Seul Dovid Efune avait proposé cette somme, mais il n’a finalement pas pu réunir les fonds nécessaires. Lord Saatchi, un magnat de la publicité, avait quant à lui formulé une offre de 350 millions de livres sterling, assortie de primes liées à la performance, mais a été écarté du processus dès le premier tour.
Malgré les difficultés liées à la vente, le Telegraph affiche de bons résultats financiers, selon ses derniers comptes publiés. Le journal a enregistré des bénéfices d’exploitation stables, à 54,6 millions de livres sterling (environ 63,5 millions d’euros) l’année dernière, et une légère augmentation de son chiffre d’affaires, qui a progressé de 1,2 % pour atteindre 279,4 millions de livres sterling (environ 325 millions d’euros). Rapport financier du 6 novembre 2025
Gerry Cardinale, fondateur de RedBird Capital Partners, avait publiquement affirmé que le Telegraph valait bien 500 millions de livres sterling. Offre de consortium de mai 2025 Cependant, il a également rencontré des difficultés à lever les fonds nécessaires et a finalement renoncé à l’acquisition lorsque le gouvernement a annoncé son intention d’examiner l’offre en raison des risques d’influence étrangère.
Un porte-parole de Sir Keir Starmer a déclaré lundi souhaiter que la vente du Telegraph se déroule « aussi rapidement que possible et dans l’intérêt public ». Dame Caroline Dinenage, présidente de la commission parlementaire de la Culture, des Médias et du Sport, a souligné la nécessité de protéger le Telegraph contre toute influence étrangère lors d’une future vente.
« Les États étrangers ne devraient pas avoir la possibilité de posséder ou d’influencer l’indépendance de nos journaux. »
Dame Caroline Dinenage, Présidente de la commission parlementaire de la Culture, des Médias et du Sport
« J’espère que le Telegraph pourra trouver un nouvel acquéreur qui comprend l’importance de préserver une presse libre et durable », a-t-elle ajouté.
Un porte-parole de RedBird a déclaré : « Nous ne reconnaissons pas cet accord. Redbird travaille activement à assurer la propriété à long terme du Telegraph. » IMI n’a pas souhaité commenter.
Pour aller plus loin
