Publié le 20 novembre 2025 à 22h55. Face à une concurrence économique accrue de la part des États-Unis et de la Chine, l’Union européenne renforce ses mesures protectionnistes, une stratégie qui pourrait avoir des conséquences significatives pour la Suisse, notamment après la finalisation des négociations sur le Bilatéral III.
- L’UE impose de nouveaux droits de douane sur l’acier, touchant directement les entreprises suisses.
- Des tarifs sur les alliages de fer, bien que d’impact économique limité pour la Suisse, suscitent des inquiétudes politiques.
- La politique commerciale européenne, oscillant entre protectionnisme et accords de libre-échange, s’inscrit dans une nouvelle ère de « géoéconomie ».
Bruxelles a récemment annoncé de nouveaux droits de douane sur l’acier, une décision qui surprend les autorités suisses. Berne s’attendait à une situation plus favorable, comparable à celle des pays de l’Espace économique européen (EEE). Ces tarifs de 50 % sur l’acier européen pèsent lourdement sur les entreprises helvétiques, alors que l’on aurait pu s’attendre à une approche plus conciliante de la part de l’UE.
Cette nouvelle vague protectionniste ne s’arrête pas là. L’UE a également imposé des droits de douane sur les alliages de fer, un produit essentiel à la fabrication de l’acier. Si l’impact économique direct sur la Suisse est jugé gérable, compte tenu du volume des exportations, les conséquences politiques sont plus préoccupantes. Ces mesures pourraient compliquer la recherche d’une majorité en faveur des nouveaux accords bilatéraux à Berne, alors que l’argument principal de ces accords est de garantir des échanges commerciaux fluides entre la Suisse et l’UE.
La situation est d’autant plus délicate que ces tarifs ne concernent pas uniquement la Suisse. Les États membres de l’EEE sont également touchés, notamment la Norvège et l’Islande, qui importent 47 % de leurs alliages de fer de l’UE. Les protestations d’Oslo et de Reykjavik, dénonçant une violation des accords de l’EEE, sont restées sans suite.
L’UE semble privilégier une approche axée sur « l’Europe d’abord », même au prix de tensions avec des partenaires comme la Norvège, un allié important dans le contexte de la guerre en Ukraine. Cette attitude rappelle celle de l’ancien président américain Donald Trump, qui avait déjà mis en place des mesures protectionnistes similaires.
Paradoxalement, cette politique protectionniste coexiste avec la conclusion de nouveaux accords de libre-échange par l’UE, notamment avec les pays du Mercosur et l’Indonésie. Si certains droits de douane diminuent, d’autres augmentent, illustrant une stratégie commerciale complexe et parfois contradictoire. Comme l’a souligné le président français Emmanuel Macron, l’Europe ne peut plus se permettre de rester passive face aux pratiques protectionnistes d’autres puissances économiques.
Nous entrons dans une nouvelle ère, celle de la « géoéconomie », où les intérêts géopolitiques sont de plus en plus influencés par le pouvoir économique. Les États-Unis donnent l’exemple avec leurs tarifs douaniers, tandis que la Chine utilise ses entreprises subventionnées comme un instrument de pression sur l’industrie européenne. Dans ce contexte, la Suisse, en tant que pays économiquement neutre, est particulièrement vulnérable.
Le risque est de se retrouver pris entre le marteau et l’enclume, confronté aux pressions des États-Unis, qui cherchent à imposer leur politique numérique et pourraient même viser les grandes banques suisses, et de l’UE, qui exige des concessions politiques en échange d’avantages économiques. Dans ce nouvel ordre mondial, la neutralité suisse pourrait s’avérer être un handicap.
Avec l’essor de trois superpuissances économiques – l’Amérique, la Chine et l’Europe – la Suisse doit naviguer avec prudence dans un environnement de plus en plus complexe et compétitif. La pression pour choisir un camp augmente, et il devient impératif de trouver la meilleure option possible pour préserver les intérêts du pays. (aargauerzeitung.ch)