Les géants de l’industrie de la viande sont de plus en plus tenus de rendre des comptes pour des allégations de désinformation concernant leur impact environnemental. Récemment, deux accords majeurs ont été conclus, mettant en lumière une stratégie de communication jugée trompeuse et une résistance à toute réglementation contraignante.
Lundi, Tyson Foods, le premier producteur de viande aux États-Unis, a accepté de renoncer à la commercialisation de sa gamme de bœuf présenté comme « respectueux du climat » et à son objectif de « zéro émission nette » d’ici 2050. Cet accord fait suite à une action en justice intentée par l’Environmental Working Group (EWG), une organisation à but non lucratif qui accusait Tyson d’induire les consommateurs en erreur. La production de viande et de produits laitiers est l’une des sources majeures de gaz à effet de serre, contribuant à hauteur de 14,5 à 19 % des émissions mondiales, une part importante provenant de l’élevage bovin.
En vertu de cet accord, Tyson s’engage à ne pas formuler de telles allégations environnementales pendant cinq ans, et toute nouvelle affirmation devra être validée par des experts indépendants. « Cet accord renforce le principe selon lequel les consommateurs ont droit à l’honnêteté et à la responsabilité de la part des entreprises qui façonnent notre système alimentaire », a déclaré Caroline Leary, directrice juridique et des opérations de l’EWG, dans un communiqué.
Il y a moins de deux semaines, JBS, le plus grand groupe de viande au monde, basé au Brésil, a également conclu un accord similaire. Sa filiale américaine a versé 1,1 million de dollars (environ 1 million d’euros) pour régler une plainte déposée par la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, concernant ses promesses d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. Une publicité pleine page parue dans le New York Times en 2021 affirmait ainsi : « Du bacon, des ailes de poulet et des steaks à émissions nettes nulles. C’est possible. »
Les termes de l’accord contraignent désormais JBS à présenter le « zéro net » comme un objectif ou une ambition, plutôt que comme un engagement ferme. « Cet accord ne constitue pas un aveu de faute, et JBS USA reste déterminé à promouvoir une agriculture durable », a déclaré un porte-parole de JBS.
Ces accords interviennent alors que deux chercheurs en environnement dénoncent une forme de « pollution épistémique », qui influence « ce que nous savons, comprenons et croyons » concernant l’empreinte climatique de la viande. Cette désinformation a des effets concrets : les sondages montrent que le public sous-estime largement l’impact environnemental de l’élevage.
Au-delà de ces règlements, l’industrie de la viande continue de faire pression pour influencer les politiques environnementales. Lors de la COP28, la conférence climatique annuelle des Nations unies qui s’est tenue à Belém, au Brésil, en décembre, plus de 50 000 personnes se sont réunies pour évaluer l’état du climat et s’engager à réduire les émissions. Si la conférence s’est principalement concentrée sur les combustibles fossiles, l’alimentation et l’agriculture, responsables d’environ un tiers des émissions mondiales liées au réchauffement climatique, ont également été au centre des discussions.
JBS a joué un rôle de premier plan en coordonnant les efforts de l’industrie pour élaborer des recommandations en matière de politique environnementale destinées aux gouvernements. Sans surprise, ces recommandations ne préconisent pas de réglementations strictes visant à réduire la consommation de viande, mais plutôt des programmes volontaires de développement durable, assortis de subventions publiques. En d’autres termes, l’industrie propose de « nettoyer sa pollution, mais seulement si les gouvernements paient la facture ».
Cette approche volontaire est une stratégie bien rodée pour l’industrie de la viande depuis des décennies. Elle a permis d’éviter des réformes significatives concernant les méthodes de production et les habitudes alimentaires, tant au niveau international qu’aux États-Unis, où les lois environnementales exemptent souvent, totalement ou partiellement, les exploitations agricoles intensives.
L’industrie exerce une influence considérable sur les politiques grâce à des investissements massifs dans le lobbying, les dons aux politiciens, et la diffusion d’informations biaisées. Elle se présente également comme un réseau de petits agriculteurs indépendants, alors qu’en réalité, une poignée de grands groupes contrôlent une part importante du marché.
Les récents accords conclus à la suite de poursuites judiciaires représentent une brèche dans cette armure et démontrent que l’industrie a du mal à justifier ses affirmations les plus audacieuses lorsqu’elle est mise au défi. Un débat public honnête sur les conséquences environnementales et éthiques de la consommation de viande ne pourra émerger que si davantage d’acteurs de la société civile se mobilisent pour dénoncer la désinformation.
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