Publié le 26 novembre 2025 11h43. Les fabricants de mémoires informatiques alertent sur une pénurie imminente de puces DRAM et NAND, exacerbée par la forte demande des fournisseurs de services cloud et les restrictions commerciales imposées à la Chine.
- Les prix des puces DRAM DDR5 ont déjà augmenté de 60 % ce mois-ci, et pourraient doubler d’ici fin 2026.
- Samsung, leader du marché, recentre sa production sur les puces DRAM au détriment des mémoires NAND, ce qui risque d’entraîner une pénurie de SSD.
- L’essor de l’intelligence artificielle (IA) est un facteur clé de cette crise, les serveurs nécessitant des quantités massives de mémoire pour faire fonctionner les modèles d’IA.
Une crise de l’approvisionnement se profile dans le monde des mémoires informatiques. Les fabricants de puces DRAM (Dynamic Random Access Memory) et NAND (Not AND) mettent en garde contre une pénurie qui pourrait avoir des répercussions importantes sur l’industrie technologique. La demande croissante des fournisseurs de services cloud, qui déploient massivement des infrastructures pour l’intelligence artificielle, est la principale cause de cette tension, aggravée par les récentes restrictions imposées par l’administration Trump aux usines chinoises de fabrication de ces composants.
Samsung, le plus grand fabricant de composants, a annoncé la semaine dernière, dans la presse coréenne, qu’il allait privilégier la production de puces DRAM dans ses usines de Pyeongtaek et Hwaseong, en Corée du Sud. Auparavant, ces usines fabriquaient les deux types de mémoires. Cette décision est motivée par la forte demande de RAM (Random Access Memory), en particulier pour les serveurs chargés d’exécuter des modèles d’intelligence artificielle (IA). Ces modèles, souvent de plusieurs dizaines de gigaoctets, nécessitent des quantités de mémoire bien supérieures à celles des applications web traditionnelles, et ce uniquement pour l’étape d’inférence, c’est-à-dire l’utilisation d’une IA pré-entraînée par les entreprises.
Cette pression sur la production de DRAM aura également un impact sur les mémoires HBM (High Bandwidth Memory), utilisées dans les GPU (Graphics Processing Unit) conçus pour l’entraînement de l’IA. Les circuits sont les mêmes, gravés sur les mêmes chaînes de production. La différence réside dans la manière dont ils sont assemblés et connectés : le bus HBM est très large, conçu pour une interface directe avec les broches d’une puce informatique, tandis que le bus des puces DDR5 est plus petit, adapté à une connexion via un chipset.
L’impact de cette pénurie se fait déjà sentir sur les prix. La demande accrue a entraîné une hausse de 60 % du prix des composants DRAM DDR5 sur les marchés de gros ce mois-ci. Les fabricants fixent les prix en fonction de la demande à la fin de chaque mois. Samsung a même retardé la publication de ses derniers prix de quelques jours afin d’évaluer la situation. Selon Tobey Gonnerman, responsable du grossiste en mémoire Fusion Worldwide, cité par Reuters : « La plupart des fabricants de serveurs et des opérateurs de centres de données doivent désormais accepter qu’ils ne recevront plus leurs composants de mémoire à temps et que les prix pour un accès prioritaire aux stocks sont déjà… extrêmes. »
Concrètement, une puce DDR5 de 32 Go se négocie désormais à 239 dollars, contre 149 dollars fin septembre. Une puce de 16 Go coûte 135 dollars, et une puce de 64 Go atteint 1 194 dollars.
Parallèlement, Samsung et son concurrent SK Hynix ont récemment modernisé leurs lignes de production pour graver des mémoires avec une finesse accrue – génération 1c chez Samsung (entre 11 et 12 nanomètres) et génération 1b chez SK Hynix (entre 12 et 13 nanomètres). Cependant, cette nouveauté s’est traduite par un nombre important d’échecs de production. Chez Samsung, seulement 50 à 70 % des circuits DRAM gravés sur une plaquette sont fonctionnels, contre 80 % habituellement.
Une autre source d’inquiétude est l’annonce récente de Nvidia, qui prévoit d’utiliser exclusivement la mémoire LPDDR5 (Low Power DDR5) sur ses GPU pour l’inférence d’ici fin 2026. Cette mémoire, plus économe en énergie que la DDR5 classique, permettrait de réduire la consommation des GPU de Nvidia. Cependant, la LPDDR5 est également plus complexe à fabriquer. Selon Gonnerman, cité par Reuters, une adoption généralisée de la LPDDR5 pourrait doubler le prix de la mémoire dans les serveurs.
Les analystes estiment qu’il est peu probable que les prix des composants DRAM se stabilisent avant le milieu de l’année 2027.
La situation est également préoccupante pour les SSD (Solid State Drive). Le recentrage de la production de Samsung et SK Hynix sur les puces DRAM va entraîner une pénurie de SSD de fin 2025 à fin 2026. Le fabricant de SSD Phison a tiré la sonnette d’alarme dans son dernier rapport financier. Selon son PDG Khein-Seng Pua, le prix d’une puce TLC NAND de 1 térabit (il en faut huit pour constituer 1 To) s’élève désormais à 10,70 dollars sur le marché de gros, contre 4,80 dollars cet été. Tous les SSD que Phison produira en 2026 sont déjà vendus, et les prix devraient continuer à augmenter jusqu’en 2027.
SanDisk a également annoncé que tous ses fournisseurs de puces NAND avaient augmenté leurs prix de 50 % entre octobre et novembre, et qu’il avait dû attendre un délai exceptionnel de 15 jours pour obtenir les prix mensuels actualisés. Digitimes rapporte que la production de SSD est également affectée par la demande croissante des fournisseurs d’infrastructures d’IA, qui privilégient désormais les SSD aux disques durs pour charger rapidement les grands modèles de langage (LLM).
En conséquence, Transcend, Innodisk et Apacer Technology, qui assemblent des circuits NAND en puces avant de les revendre aux fabricants de SSD, ont affiché des résultats financiers exceptionnels, avec des ventes en hausse respectivement de 27 %, 64 % et 70 % en un an.
Face à cette pénurie, le fabricant de serveurs et de PC Lenovo a annoncé à Bloomberg qu’il se constitue des stocks de composants DRAM et NAND pour assurer l’approvisionnement de toutes les machines qu’il prévoit de fabriquer d’ici fin 2026. Des médias suggèrent que son concurrent Acer a envoyé une délégation pour acheter des composants directement auprès des usines de Samsung, en contournant les grossistes habituels.