Publié le 16 mai 2024. Une exposition à Japan House London célèbre le savoir-faire japonais traditionnel à travers le travail de plus de 100 artisans contemporains, offrant une alternative à la production de masse et une réflexion sur l’harmonie entre l’homme et la nature.
Loin des clichés du kawaii et du kitsch, l’exposition Hyakkō : plus de 100 créateurs du Japon met en lumière une tradition artisanale japonaise profondément enracinée dans la recherche de la qualité et de la perfection. Elle présente le travail d’artistes contemporains spécialisés dans le verre, la céramique, le bois, le cuir et le métal, des disciplines regroupées sous le terme de kogei – les arts et artisanats traditionnels.
Pour être reconnu comme kogei, un objet doit répondre à des critères précis : il doit être destiné à un usage quotidien, être fabriqué à la main selon des techniques ancestrales, utiliser des matières premières d’origine locale et provenir d’une région spécifique du Japon. Cette exigence de provenance et de savoir-faire témoigne d’un dévouement à la qualité qui contraste avec la production industrielle standardisée.
L’exposition propose près de 2 000 objets qui rappellent, selon les visiteurs, l’esthétique japonaise célébrée par Jun’ichirō Tanizaki dans son ouvrage Eloge des ombres (années 1930). Elle offre une expérience sensorielle et contemplative, où la simplicité révèle des nuances et une beauté subtile.


Parmi les pièces présentées, on peut admirer une élégante théière en cuivre martelé à la main, réalisée à Nara par Tomomi Nakamrua, ainsi que des verres de la collection H, un studio basé à Kanazawa spécialisé dans la gravure sur cristal. Le bol à thé de Yosuke Urakami, d’une valeur de 260 £, confectionné en bois laqué et orné de feuille d’argent, séduit par sa simplicité et sa légèreté trompeuse.
L’exposition, initialement présentée à l’Atelier Muji Ginza à Tokyo il y a deux ans, a été « réinventée » pour le public londonien. « Pour cette tournée européenne, nous avons revisité les mots et les sensibilités que nous avions explorés auparavant, en les regardant sous un nouveau jour », explique Nagata Takahiro, le commissaire original de l’exposition. Simon Wright, directeur de la programmation à Japan House London, souligne que le design japonais recherche « l’harmonie entre l’homme et la nature, plutôt que de se concentrer uniquement sur la décoration ».

Cette approche se traduit par des objets qui, au-delà de leur fonction utilitaire, offrent une expérience sensorielle unique. Simon Wright apprécie particulièrement les bols chocolat soba, de petits récipients trapus destinés à la dégustation de nouilles soba. « Leur taille, qui tient facilement dans la main, et leur forme simple sont charmantes. J’apprécie la variété des émaux, des décorations et des textures, tout en conservant une taille et une forme uniformes. »
Les bols soba choko de Hidaka Naoko, originaires de la préfecture d’Okayama, sont ornés de cerfs bleu pâle. À leurs côtés, des assiettes décorées de tigres, de motifs de feuilles de bambou et de graphismes évoquant les carreaux Gio Ponti des années 1950 témoignent de la richesse et de la diversité de l’artisanat japonais.


Chaque pièce témoigne d’un travail artisanal minutieux. Comme l’expliquait Jun’ichirō Tanizaki il y a plus de 90 ans, la beauté réside aussi dans l’imperfection. Bien sûr, il est possible d’acquérir une assiette blanche standard chez Ikea pour 75 centimes, conçue pour ressembler à de la porcelaine, mais elle est produite en masse. Chaque exemplaire est identique : cassez-en un, remplacez-le. Une assiette en céramique d’Asai Yosuke, originaire de Shiga, et proposée au prix de 170 £, possède une âme. Sa couleur et sa texture invitent à la contemplation et au toucher.
L’exposition londonienne vise à explorer le sens du design contemporain au Japon. Selon Takahiro Nagata, « il n’y a pas de distinction nette entre le traditionnel et le contemporain dans le kogei. Au fond, il existe une attitude constante : au lieu de « contrôler » la matière, les créateurs cherchent à lui donner forme en dialoguant avec elle. »
C’est ce dialogue qui rend les œuvres exposées si captivantes. Dans un monde dominé par la production de masse, elles apparaissent plus humaines et… plus authentiques.
‘Hyakkō : 100+ Makers from Japan’, Japan House London, jusqu’au 10 mai 2026 ; Japanhouselondon.uk
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