Publié le 16 mai 2024 10h15. Peter Arnett, journaliste néo-zélandais primé pour sa couverture de la guerre du Vietnam, est décédé à l’âge de 91 ans. Témoin privilégié des conflits pendant plus de quatre décennies, il a marqué l’histoire du journalisme de guerre par son courage et ses reportages directs, souvent réalisés sous les bombes.
- Peter Arnett, lauréat du prix Pulitzer, s’est éteint le mercredi 15 mai à Newport Beach, en Californie, entouré de sa famille et de ses amis.
- Il est devenu mondialement connu en 1991 pour ses reportages en direct depuis Bagdad pendant la première guerre du Golfe, diffusés sur CNN.
- Sa carrière a été jalonnée de controverses, notamment son licenciement de CNN et de NBC pour des prises de position jugées critiques envers la politique américaine.
Peter Arnett a couvert certains des conflits les plus marquants du XXe siècle, allant de la guerre du Vietnam à la guerre du Golfe en passant par l’Irak. Son travail pour l’Associated Press (AP) lui a valu le prix Pulitzer du reportage international en 1966 pour sa couverture de la guerre du Vietnam. Il était réputé pour sa capacité à rester sur le terrain, même lorsque la plupart de ses confrères fuyaient le danger.
C’est en 1991, alors que les missiles américains s’abattaient sur Bagdad, qu’Arnett a véritablement accédé à la notoriété internationale. Presque tous les journalistes occidentaux avaient quitté la capitale irakienne, mais Arnett est resté, diffusant des reportages en direct depuis sa chambre d’hôtel. Il décrivait avec un calme remarquable les explosions qui retentissaient autour de lui :
« Il y a eu une explosion juste à côté de chez moi, vous l’avez peut-être entendu. »
Peter Arnett
Il continuait à informer, malgré les sirènes d’alerte aérienne en arrière-plan, décrivant les dégâts :
« Je pense que cela a détruit le centre de télécommunications. Ils frappent le centre de la ville. »
Peter Arnett
Son courage et son objectivité ont fait de lui une figure emblématique du journalisme de guerre. Il n’était pas non plus étranger au danger. En janvier 1966, au Vietnam, il a échappé de peu à la mort alors qu’il accompagnait un bataillon de soldats américains. Il se souvenait :
« Alors que le colonel le regardait, j’ai entendu quatre coups de feu forts alors que les balles déchiraient la carte et pénétraient dans sa poitrine, à quelques centimètres de mon visage. Il est tombé au sol à mes pieds. »
Peter Arnett
Né le 13 novembre 1934 à Riverton, en Nouvelle-Zélande, Arnett a débuté sa carrière journalistique au Southland Times après le lycée. Il a rapidement été attiré par l’Asie, travaillant en Indonésie, puis au Laos, où il a établi les contacts qui l’ont mené à l’AP. Son expulsion d’Indonésie, après avoir critiqué l’état de l’économie locale, n’a été que le premier d’une série d’épisodes controversés qui ont jalonné sa carrière.
Après avoir quitté l’AP en 1981, Arnett a rejoint CNN, puis NBC et National Geographic. Il a également publié ses mémoires, Live from the Battlefield: From Vietnam to Baghdad, 35 Years in War Zones, en 1995. Il a passé les dernières années de sa vie à enseigner le journalisme à l’Université de Shantou en Chine, avant de prendre sa retraite en 2014 et de s’installer en Californie avec sa femme, Nina Nguyen.
Peter Arnett laisse dans le deuil sa femme et ses enfants, Elsa et Andrew. Son héritage en tant que journaliste de guerre courageux et indépendant restera gravé dans l’histoire.