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L’avocat de Kerry accusé de trafic de personnes pour avoir tenté de sauver des réfugiés de la mer devant le tribunal le mois prochain

Publié le 16 décembre 2023 14h15. Un humanitaire américano-irlandais, accusé de trafic d'êtres humains après avoir participé à des opérations de sauvetage en mer Égée, devra comparaître devant un tribunal grec en janvier, dans une affaire dénoncée comme…

L’avocat de Kerry accusé de trafic de personnes pour avoir tenté de sauver des réfugiés de la mer devant le tribunal le mois prochain

Publié le 16 décembre 2023 14h15. Un humanitaire américano-irlandais, accusé de trafic d’êtres humains après avoir participé à des opérations de sauvetage en mer Égée, devra comparaître devant un tribunal grec en janvier, dans une affaire dénoncée comme une criminalisation de l’aide humanitaire.

  • Seán Binder, âgé de 31 ans, est l’un des 24 humanitaires poursuivis pour avoir secouru des migrants au large de l’île grecque de Lesbos en 2018.
  • Les témoignages entendus en cour d’appel mettent en lumière des contradictions entre les déclarations des garde-côtes et les accusations portées contre les humanitaires.
  • L’affaire, qui dure depuis sept ans, a eu un impact significatif sur la vie de M. Binder et a dissuadé d’autres de s’engager dans des missions de sauvetage.

L’affaire de Seán Binder, avocat et humanitaire originaire de Kerry, en Irlande, illustre les difficultés croissantes rencontrées par les organisations de secours en mer Égée. Inculpé de participation à une organisation criminelle, de trafic d’êtres humains et de blanchiment d’argent, il risque jusqu’à 20 ans de prison en cas de condamnation. Le procès, ajourné jusqu’au 15 janvier, reprendra avec la présentation des preuves par la défense.

Lors des audiences de début décembre devant la cour d’appel de Mytilène, sur l’île de Lesbos, des témoins ont apporté des éléments troublants. Un représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a qualifié les poursuites d’une « criminalisation de l’action humanitaire ». Des membres des garde-côtes ont quant à eux confirmé avoir été contactés par les humanitaires concernant des embarcations en difficulté et avoir pleinement coopéré avec eux.

« Le tout premier témoin, qui appartenait au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, a décrit les poursuites engagées contre nous comme une « criminalisation de l’action humanitaire » »

Seán Binder

Pour prouver la culpabilité des humanitaires, l’accusation doit démontrer qu’ils ont refusé de collaborer avec les autorités. Or, les témoignages recueillis semblent contredire cette affirmation. Les enquêteurs ont examiné les téléphones et ordinateurs portables des accusés, à la recherche de preuves de blanchiment d’argent, mais n’ont trouvé que l’utilisation de l’application de messagerie cryptée WhatsApp et une collecte de fonds en ligne pour l’achat d’un lave-linge.

Le commandant de la police secrète de Lesbos, qui a initié l’enquête contre les humanitaires, a également été interrogé. Selon M. Binder, son témoignage était incohérent :

« Son témoignage était, en un mot, ‘Je ne savais pas que les garde-côtes avaient coopéré, ni qu’ils avaient coopéré avec les garde-côtes’ »

Seán Binder

Le chef de la police a même admis utiliser WhatsApp pour communiquer avec sa famille, tout en considérant l’utilisation de cette application par les humanitaires comme suspecte.

Cette affaire intervient dans un contexte de durcissement des politiques migratoires en Grèce et de critiques à l’égard des opérations de sauvetage en mer. Depuis sept ans, M. Binder vit dans l’incertitude, avec des restrictions professionnelles et personnelles. Il a dû économiser pour pouvoir éventuellement payer un logement en Grèce afin que sa mère et sa compagne puissent lui rendre visite en cas d’emprisonnement. Il souligne que cette situation a dissuadé d’autres personnes de s’engager dans des missions de sauvetage, et que des vies se sont perdues en conséquence. M. Binder avait commencé à faire du bénévolat pour l’ONG de recherche et de sauvetage ERCI à Lesbos en 2017, une année particulièrement meurtrière en Méditerranée, avec plus de 3 000 morts ou disparus.

En 2018, M. Binder avait été arrêté et détenu pendant plus de 100 jours avant d’être libéré sous caution. Il reste prudent quant à l’issue du procès, tout en exprimant sa conviction que l’accusation ne dispose d’aucun argument solide pour justifier sa culpabilité.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.