Publié le 18 décembre 2025 à 05h30. L’Inde s’apprête à réformer en profondeur son secteur de l’assurance, une initiative qui pourrait stimuler une croissance significative, mais qui soulève également des inquiétudes quant à la stabilité du système.
- Le gouvernement indien a adopté une nouvelle loi sur l’assurance visant à attirer davantage d’investissements étrangers et à accroître la pénétration de l’assurance dans le pays.
- La réforme renforce les pouvoirs de l’IRDAI (Autorité indienne de réglementation et de développement des assurances) et réduit la microréglementation gouvernementale.
- Les nouvelles règles assouplissent les conditions d’investissement pour les réassureurs et visent à atteindre une couverture assurantielle pour tous les citoyens indiens d’ici 2047.
Depuis les réformes économiques de 1991, l’Inde a progressivement ouvert son économie au monde, libéralisant les secteurs des télécommunications, de l’aviation et de la banque. Cette ouverture a entraîné un afflux de capitaux étrangers, une concurrence accrue et l’émergence de nouvelles industries. Si ces changements ont eu un impact positif sur la croissance économique et l’accès aux services pour les consommateurs, le secteur de l’assurance a connu une évolution plus lente.
Au début des années 2000, le gouvernement a autorisé l’entrée d’acteurs privés et d’assureurs étrangers, créant des coentreprises comme Bajaj Allianz et Aditya Birla MMI Holdings. Les plafonds d’investissement direct étranger (IDE) ont ensuite été relevés, passant de 26 % à 49 %, puis à 74 %. Cependant, contrairement aux télécommunications ou à la banque, le secteur de l’assurance n’a pas connu de transformation aussi spectaculaire.
Cette prudence s’explique par la nature particulière de l’assurance. La faillite d’une compagnie d’assurance ne se limite pas à des pertes pour les actionnaires, mais affecte également les assurés qui ont payé des primes pendant des années, comptant sur une protection en cas de besoin. Les régulateurs sont donc soucieux d’éviter des conséquences sociales et politiques potentiellement graves, qui pourraient nécessiter des plans de sauvetage, des fusions forcées ou des transferts de polices.
La nouvelle loi sur l’assurance, ou « Sabka Bima Sabki Raksha » (Assurance pour tous, protection pour tous), s’inscrit dans cette logique de réforme progressive et calibrée. L’objectif principal est d’augmenter la pénétration de l’assurance en Inde, qui s’élève actuellement à environ 4 %, et d’assurer chaque citoyen d’ici 2047.

Pour atteindre cet objectif, la réforme prévoit plusieurs changements majeurs. Tout d’abord, elle renforce les pouvoirs de l’IRDAI, lui conférant une plus grande autonomie dans l’élaboration des règles et la surveillance du marché. L’IRDAI pourra ainsi adapter plus rapidement les réglementations aux évolutions du secteur, sans avoir à attendre des modifications législatives. Ensuite, le gouvernement se retire de la microréglementation, laissant à l’IRDAI le soin de définir les exigences opérationnelles, telles que les structures de propriété et les règles de capital.
Les nouvelles règles assouplissent également les conditions d’investissement pour les réassureurs, réduisant les exigences de capital de 5 000 crores ₹ (environ 59,5 millions d’euros) à 1 000 crores ₹ (environ 11,9 millions d’euros). Cette mesure vise à encourager le développement d’un secteur de la réassurance solide, capable de soutenir la croissance du marché de l’assurance. Enfin, la réforme met moins l’accent sur les seuils de propriété rigides et davantage sur le contrôle effectif, la surveillance du conseil d’administration et les critères de solvabilité.
Si ces changements sont globalement positifs, ils ne sont pas sans compromis. L’augmentation des IDE à 100 % ne garantit pas à elle seule une amélioration de la distribution, de la confiance ou du traitement des sinistres. Certaines compagnies d’assurance sont déjà confrontées à des difficultés en matière de règlement des sinistres et de satisfaction client, et l’arrivée de nouveaux acteurs étrangers pourrait exacerber ces problèmes. De plus, la concurrence accrue pourrait profiter davantage aux grands assureurs établis qu’aux acteurs plus petits ou régionaux.
La loi sur l’assurance de 2025 représente donc une réinitialisation importante du secteur, mais elle ne promet pas de transformation instantanée. Elle vise à créer un environnement plus favorable à la croissance et à l’innovation, tout en préservant la stabilité du système et la protection des assurés. Le véritable succès de la réforme se mesurera à la qualité du service rendu aux clients, à la transparence des produits et à la capacité des assureurs à honorer leurs engagements.
Car en matière d’assurance, la confiance est primordiale.