Publié le 18 décembre 2025 à 10h48. L’accès au logement est devenu un enjeu majeur en Europe, menaçant la stabilité sociale et alimentant la montée des extrêmes. Face à une crise immobilière sans précédent, l’Union Européenne tente de réagir, mais les solutions restent limitées.
- Les prix de l’immobilier ont augmenté de près de 60 % dans l’UE depuis 2010, avec des hausses spectaculaires dans certains pays comme l’Estonie (+208 %) et la Lituanie (+177 %).
- 30 % des jeunes Européens âgés de 25 à 34 ans vivent encore chez leurs parents, un taux atteignant près de 50 % en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Pologne.
- La Commission européenne a dévoilé sa première stratégie pour un logement abordable, mais les mesures proposées restent insuffisantes selon les experts.
La flambée des prix de l’immobilier et des loyers est devenue un problème central en Europe, touchant de plus en plus de foyers et exacerbant les inégalités. Si Donald Trump pourrait s’indigner de la situation, il serait probablement impressionné par l’ampleur de la crise, même dans les pays gouvernés par des coalitions progressistes.
Depuis 2010, le marché immobilier européen a connu une croissance exponentielle. Les prix de vente moyens ont bondi de près de 60 % dans l’ensemble de l’Union Européenne. Des pays comme les Pays-Bas ont même vu les prix doubler en une décennie. Les loyers n’ont pas été épargnés, augmentant de près de 30 % en moyenne au cours des 15 dernières années selon les données d’Eurostat. Certaines nations, comme l’Estonie (+208 %), la Lituanie (+177 %), l’Irlande (+108 %) et la Hongrie (+107 %), ont enregistré des hausses particulièrement alarmantes.
Cette situation profite aux investisseurs fortunés, mais représente un véritable défi financier pour des millions de personnes dont les revenus ne suivent plus. Les jeunes Européens sont les plus vulnérables, peinant à trouver un logement décent et abordable, que ce soit en location ou par l’accession à la propriété. Une étude récente de l’agence européenne Eurofound (Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail) révèle un niveau de précarité sans précédent :
- 30 % des 25-34 ans vivent toujours chez leurs parents (ce chiffre grimpe à près de 50 % en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Pologne).
- Les jeunes consacrent en moyenne près d’un tiers de leurs revenus au logement.
- Dans des pays comme l’Irlande, la Pologne, le Portugal, l’Espagne et la Bulgarie, un jeune adulte entre 18 et 34 ans doit dépenser plus de 80 % de son salaire pour louer un appartement de deux pièces.
Face à cette crise, le maire de Barcelone, Jaume Collboni, estime que le logement représente une menace pour l’Union Européenne comparable à la menace russe. Dans sa ville, les prix de l’immobilier ont augmenté de près de 70 % au cours de la dernière décennie.
Plusieurs facteurs expliquent cette crise, notamment la hausse des coûts de construction après la pandémie. Cependant, les experts pointent du doigt un problème structurel plus profond : la « financiarisation » du logement. Les maisons sont désormais considérées comme des actifs financiers destinés à générer des profits pour les investisseurs, plutôt que comme un droit fondamental. Depuis les années 1980, de nombreux gouvernements européens se sont désengagés de la construction de logements sociaux, favorisant l’accession à la propriété, qui a pourtant diminué dans de nombreux pays.
Cette situation a des conséquences économiques importantes. Les employeurs ont du mal à attirer des travailleurs dans les villes où les prix de l’immobilier sont les plus élevés. Les services publics sont affectés par le manque de logements abordables pour les travailleurs essentiels. En Irlande, par exemple, des milliers de professionnels de santé sont recrutés à l’étranger, mais se retrouvent confrontés à un manque cruel de logements.
« Nous sommes désormais totalement dépendants des travailleurs non européens dans notre pays. Ce que nous ne leur disons pas, c’est que lorsqu’ils arriveront ici, ils n’auront pas d’endroit où vivre, ou s’ils le font, que 70 % de leur salaire, s’ils travaillent comme infirmiers, seront dépensés en loyer. »
Source non fournie dans le texte original
Les inégalités en matière de logement alimentent également la montée des partis d’extrême droite, qui exploitent un sentiment de compétition pour des ressources limitées entre migrants et populations locales selon des chercheurs. Le logement est donc devenu une véritable bombe à retardement politique pour l’Europe.
Consciente des risques, l’Union Européenne a dévoilé mardi sa première stratégie pour un logement abordable. Cette stratégie vise à donner aux gouvernements plus de flexibilité pour subventionner le logement social, en levant certaines restrictions existantes. Par exemple, les règles actuelles empêchent les autorités néerlandaises d’aider les ménages à faible revenu à se loger, car ils ne sont pas considérés comme suffisamment pauvres pour bénéficier d’un logement social, mais n’ont pas les moyens d’en acheter ou de le louer.
La nouvelle stratégie européenne s’attaque également aux locations à court terme, avec une nouvelle législation prévue d’ici fin 2026. Cela pourrait permettre aux autorités locales des zones de « stress immobilier » de limiter le nombre de locations de ce type.
La demande de 300 milliards d’euros par an de fonds européens conjoints, comme ceux mobilisés pendant la crise du Covid, pour construire des logements abordables n’a pas été satisfaite. De même, aucune mesure radicale n’a été prise pour lutter contre la spéculation immobilière.
Les gouvernements européens détiennent la clé de la solution au niveau national. Ils sont sous pression pour remettre en question le modèle actuel et réinvestir massivement dans le logement social, à une échelle jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale, et élargir l’accès au-delà des seuls groupes les plus défavorisés. L’intervention de l’UE témoigne au moins d’une prise de conscience de l’urgence de la situation.
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