Home DivertissementPeu importe à quel point Derry est charmant, il ne peut pas être rempli de personnages sans âme.

Peu importe à quel point Derry est charmant, il ne peut pas être rempli de personnages sans âme.

by Antoine Girard

Publié le 18 décembre 2025 à 22h04. La série préquelle d’Ça, It: Welcome to Derry, peine à capturer l’essence du roman de Stephen King, malgré une atmosphère réussie et le retour de Bill Skarsgård dans le rôle de Pennywise.

  • La série souffre d’un manque de développement des personnages et d’une intrigue secondaire peu engageante.
  • Les performances de certains acteurs, notamment Jovan Adepo et Chris Chalk, apportent une profondeur bienvenue à l’ensemble.
  • L’ambiance oppressante de Derry et les visuels réussis ne suffisent pas à compenser les faiblesses narratives.

Adapter Stephen King est un défi de taille, même les meilleures adaptations ne parvenant qu’à effleurer la complexité de son œuvre. L’auteur américain explore les peurs les plus profondes et aborde des thèmes universels, mais c’est surtout la richesse de ses personnages qui rend ses romans si captivants. C’est ce qui explique le succès durable de Ça (1986), qui a connu plusieurs adaptations au fil des ans.

La récente série préquelle, It: Welcome to Derry, déçoit malheureusement. Si le réalisateur Andy Muschietti avait réussi, avec les films de 2017 et 2019, à insuffler une atmosphère proche de celle du roman original et à incarner Pennywise grâce à Bill Skarsgård, cette nouvelle itération peine à convaincre.

Muschietti avait su, dans ses précédents films, équilibrer les scènes d’horreur avec un développement solide des personnages, permettant au public de s’identifier instinctivement à eux. Dans le livre, King alterne entre le récit de l’enfance du groupe des « Losers » et leur affrontement avec la créature à l’âge adulte. Diviser cette histoire en deux parties, comme l’avait fait Muschietti pour les films, avait déjà amoindri l’impact de la seconde partie, trop longue et privée de la fraîcheur des jeunes acteurs du premier volet.

La série It: Welcome to Derry souffre du même problème. Malgré des éléments prometteurs – le cadre familier de Derry, une tension palpable, des éléments surnaturels et le retour de Bill Skarsgård – l’ensemble manque de substance. Jason Fuchs, Andy Muschietti et sa sœur Barbara, qui ont signé le scénario, semblaient pourtant capables de capturer l’essence du roman.

La série se déroule en 1962, vingt-sept ans avant les événements du film de 2017, et explore un nouveau cycle de terreur orchestré par Pennywise. L’intrigue suit plusieurs personnages, dont le major Leroy Hanlon (Jovan Adepo), envoyé à Derry avec sa famille pour une mission militaire, et l’adolescente Lilly Bainbridge (Carla Stark), hantée par des visions étranges. Ces deux fils narratifs suggèrent le réveil de la créature et le début d’une nouvelle vague de meurtres.

Malheureusement, les créateurs se contentent de faire errer leurs personnages à la recherche du clown tueur pendant huit épisodes, avant de reproduire, sans réelle originalité, le schéma narratif du film. L’histoire, bien que lente à se développer, manque cruellement de profondeur et les personnages, malgré quelques tentatives, restent fades et peu attachants. Même la charmante ville de Derry ne parvient pas à masquer le vide laissé par des protagonistes inintéressants.

L’épisode d’ouverture, bien que prometteur, introduit rapidement un événement tragique : la mort d’un jeune garçon, Matty, dont le corps ne sera jamais retrouvé. Lilly, qui entend des voix provenant des canalisations, décide avec ses amis de mener l’enquête. La scène finale de l’épisode, où Pennywise massacre les spectateurs d’un cinéma, est particulièrement choquante, mais ne laisse présager rien de bon pour la suite.

Les personnages adolescents manquent cruellement de nuances. Lilly, traumatisée par la perte de son père, ne voit pas sa psychologie explorée en profondeur. Clara Stack, qui l’incarne, se contente d’une expression de terreur constante. Marge (Matilda Lawler) oscille entre le désir de s’intégrer et des hallucinations terrifiantes, sans réelle cohérence. Rich Santos (Arian S. Cartaya), amoureux de Marge, est réduit à un rôle anecdotique.

Les personnages adultes, en revanche, offrent un certain intérêt. Leroy Hanlon, un vétéran de la guerre de Corée, est un adversaire de taille pour Pennywise. Dick Hallorann (Chris Chalk), doté de capacités télépathiques, apporte une dimension mystique à l’histoire, inspirée du roman Shining de Stephen King. Les scènes avec Chris Chalk sont parmi les plus réussies de la série, offrant une alternative bienvenue à l’intrigue principale.

Le général Francis Shaw (James Remar), chargé d’enquêter sur les activités de Pennywise, est un personnage plus ambigu. Son plan, révélé tardivement, est particulièrement choquant : il souhaite délibérément libérer la créature sur l’Amérique, convaincu que la peur est le seul moyen de maintenir la paix. Ce méchant mégalomane, dépourvu de toute émotion, manque de crédibilité.

Ingrid (Madeleine Stowe), la fille d’un homme qui a servi de modèle à l’apparence humaine de Pennywise, est un autre personnage décevant. Son rôle d’assistante du clown, calquée sur celui d’Harley Quinn, manque d’originalité. Dans le roman, les Henry Bowers sont corrompus par Pennywise en raison de leurs propres faiblesses, tandis qu’Ingrid ne semble motivée que par la recherche de son père.

En fin de compte, It: Welcome to Derry est une série décevante, qui peine à capturer l’essence du roman de Stephen King. Malgré une ambiance réussie et quelques performances notables, elle souffre d’un manque de développement des personnages et d’une intrigue secondaire peu engageante. Le retour de Pennywise, interprété avec brio par Bill Skarsgård, ne suffit pas à sauver une série qui manque cruellement de substance. Le générique animé, quant à lui, reste l’un des points forts de la série.

Les épisodes de It: Welcome to Derry sont disponibles sur HBO Max.

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