Publié le 24 décembre 2025. L’Irlande entend maintenir son engagement financier et politique envers le Soudan, pays en proie à une crise humanitaire majeure, et continuera de plaider pour une attention internationale accrue, malgré le désintérêt croissant de certains États.
- L’Irlande s’engage à verser 14 millions d’euros d’aide au Soudan en 2025, en plus des 3 millions d’euros déjà alloués en septembre.
- Le ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora, Neale Richmond, souligne que la situation au Soudan est plus complexe que celles de Gaza ou de l’Ukraine, et nécessite une attention soutenue.
- L’Irlande se positionne comme un donateur important par habitant et défend le multilatéralisme face à une tendance à l’isolationnisme observée dans d’autres pays.
L’Irlande continuera de jouer un rôle « démesuré » dans l’aide internationale, en particulier pour souligner la gravité de la crise humanitaire au Soudan, a déclaré le ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora, Neale Richmond. Le pays s’engage à allouer 14 millions d’euros d’aide en 2025, s’ajoutant aux 3 millions d’euros déjà versés en septembre.
Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre civile opposant deux factions rivales de l’armée. Ce conflit a engendré famine, déplacements massifs de population et un nombre de victimes estimé à plus de 150 000 morts. Plus de 12 millions de personnes ont été forcées de quitter leur foyer, un chiffre supérieur à deux fois la population de la République d’Irlande, selon les chiffres cités par le ministre.
Dans un entretien accordé à BreakingNews.ie, Neale Richmond a insisté sur la nécessité de maintenir le Soudan à l’agenda international.
« Gaza est en première page. Ce qui s’y passe est un génocide. Ce qui se passe en Ukraine est une attaque contre l’Union européenne en termes d’infrastructures de sécurité… nous le voyons dans nos factures d’énergie et d’épicerie. »
Neale Richmond, ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora
Il a toutefois souligné que la situation au Soudan, bien que moins médiatisée, est tout aussi préoccupante.
Le ministre a également mis en évidence les conséquences de l’instabilité soudanaise sur l’Europe, notamment en termes de flux migratoires irréguliers.
« Cette instabilité au Soudan a un impact très réel sur l’Europe, quand on parle de migration irrégulière et de ce qui pousse les gens à payer des trafiquants d’êtres humains, à risquer leur vie, à traverser la Méditerranée en canot pneumatique ; ils viennent du Soudan, de Somalie, du Soudan du Sud. »
Neale Richmond, ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora
M. Richmond a critiqué le désengagement de certains pays en matière d’aide humanitaire, soulignant l’importance pour les petits États comme l’Irlande de maintenir leur soutien.
« Quand nous voyons d’autres agences ou pays se désintéresser, ne pas appliquer d’embargos sur les armes, ou ne pas engager de ressources financières comme l’Irlande, c’est assez inquiétant. »
Neale Richmond, ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora
L’Irlande est l’un des deux seuls États membres de l’Union européenne à avoir augmenté son budget de développement.
Le ministre a également évoqué les dangers auxquels sont confrontés les travailleurs humanitaires au Soudan, avec plus de 300 décès signalés. Il a mentionné une récente rencontre avec Tom Fletcher, secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence, qui a souligné la complexité de la situation au Soudan par rapport à Gaza, où les chaînes d’approvisionnement sont en place mais bloquées. Au Soudan, les chaînes d’approvisionnement sont peu fiables et la situation sécuritaire est extrêmement précaire.
M. Richmond a dénoncé l’utilisation du viol comme arme de guerre au Soudan, qualifiant cette pratique de « extrêmement répandue ». Il a réaffirmé l’engagement de l’Irlande envers les Nations Unies et ses agences humanitaires, malgré le retrait de certains pays de l’organisation.
« L’Irlande croit toujours dans les agences des Nations Unies ; nous avons augmenté notre financement en leur faveur, nous sommes pratiquement engagés dans le processus de réforme de l’ONU parce que nous y croyons et savons que la seule solution à la crise humanitaire viendra par l’intermédiaire de l’ONU. »
Neale Richmond, ministre d’État chargé du Développement international et de la Diaspora
L’Irlande assurera la présidence du Conseil de l’Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2026, une période que M. Richmond considère comme « probablement l’année la plus importante depuis la fin de la guerre froide ». Il a souligné l’importance pour l’Irlande de défendre le multilatéralisme et la coopération internationale face à une montée du populisme d’extrême droite.
Enfin, le ministre a répondu aux critiques remettant en question la priorité accordée à l’aide internationale, citant notamment les propos de Ken O’Flynn (Independent Ireland) sur le financement de l’Ukraine. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « campagne de désinformation simpliste et lâche » et a défendu l’importance de l’aide internationale pour la stabilité et la paix dans le monde.