Édition française
En continu
---Advertisement---

Monde

L’avertissement de Trump menace la réponse aux manifestations en Iran

Publié le 9 janvier 2024 16h10. L'Iran est le théâtre de manifestations antigouvernementales d'une ampleur inédite depuis des décennies, tandis que les autorités semblent adopter une stratégie de répression différenciée selon les régions, suscitant des inquiétudes quant à…

L’avertissement de Trump menace la réponse aux manifestations en Iran

Publié le 9 janvier 2024 16h10. L’Iran est le théâtre de manifestations antigouvernementales d’une ampleur inédite depuis des décennies, tandis que les autorités semblent adopter une stratégie de répression différenciée selon les régions, suscitant des inquiétudes quant à une escalade potentielle.

  • Plus de 40 personnes auraient été tuées depuis le début des protestations, il y a près de deux semaines, selon des organisations de défense des droits humains.
  • Si la capitale, Téhéran, a connu une retenue inhabituelle des forces de l’ordre, la répression s’avère particulièrement violente dans les provinces et les petites villes.
  • L’ayatollah Khamenei a mis en garde contre les « vandales » et dénoncé un sabotage d’inspiration étrangère, tandis que l’administration Trump a averti Téhéran contre toute nouvelle effusion de sang.

Les manifestations qui secouent l’Iran depuis près de deux semaines représentent le défi le plus sérieux au pouvoir en place depuis les troubles de 2009 et les protestations de 2022 suite à la mort de Mahsa Amini. Les rassemblements, qui se sont propagés à des dizaines de quartiers de Téhéran et de sa région métropolitaine (près de 16 millions d’habitants), expriment un mécontentement croissant face à la situation économique, aux restrictions sociales et à la politique du gouvernement.

Jeudi soir, une attitude surprenante a été observée dans la capitale. Les forces de sécurité ont fait preuve d’une retenue inhabituelle, évitant largement les affrontements directs avec les manifestants, notamment dans les zones les plus densément peuplées. Cette approche a soulevé des interrogations quant à une possible stratégie délibérée de la part des autorités.

Cependant, cette retenue semble être sélective et stratégique. Les informations provenant des provinces et des petites villes dressent un tableau bien plus sombre. Plusieurs organisations iraniennes de défense des droits humains, dont l’organisation kurde Hengaw, basée en Allemagne, et l’agence de presse américaine Human Rights Activist News Agency (Hrana), font état de plus de 40 décès depuis le début des manifestations.

L’équipe de vérification de BBC Persian a confirmé l’identité d’au moins 21 victimes, après avoir interrogé leurs proches. Beaucoup de ces décès se sont produits dans la province du Lorestan et dans les régions à majorité kurde des provinces d’Illam et de Kermanshah. Des vidéos authentifiées par la BBC montrent des forces de sécurité tirant directement sur les manifestants. Au moins quatre membres des forces de sécurité ont également perdu la vie.

Face à cette situation, l’ayatollah Khamenei, guide suprême de la République islamique, a adopté une position ferme. Dans un discours prononcé vendredi, il a averti que l’Iran « ne reculera pas face aux vandales » et a dénoncé les manifestations comme un acte de sabotage orchestré par des forces étrangères. Il a également accusé les manifestants d’avoir délibérément endommagé des bâtiments publics « juste pour plaire au président des États-Unis ».

Les inquiétudes de Téhéran sont exacerbées par les tensions régionales et les pressions internationales. Des responsables iraniens craignent que les États-Unis ne prennent au sérieux leurs menaces, notamment après une guerre de 12 jours avec Israël en juin dernier, au cours de laquelle des sites nucléaires iraniens auraient été bombardés, et l’affaiblissement des groupes militants soutenus par l’Iran dans la région. Certains observateurs estiment que ces développements pourraient encourager Washington à agir contre l’Iran sans craindre de représailles majeures.

Le président américain Donald Trump a déjà pesé sur les calculs du régime iranien. Depuis le début des manifestations, il a lancé des avertissements répétés à Téhéran, promettant une réponse forte en cas de nouvelles victimes parmi les manifestants pacifiques. Dans une récente interview à une radio américaine, il a déclaré que l’Iran serait « très durement touché » s’il répétait les massacres observés lors des soulèvements précédents. Tout en minimisant la responsabilité des décès, il a souligné que les autorités iraniennes avaient été « très clairement informées » des limites à ne pas franchir.

Il est difficile de déterminer si ces avertissements ont influencé la réponse du régime. À Téhéran, où l’impact symbolique est le plus important, les forces de sécurité semblent privilégier la retenue afin d’éviter des images de violence massive. Des coups de feu ont été signalés jeudi soir dans la capitale, mais la quasi-absence d’accès à Internet rend difficile la vérification précise de la situation sur le terrain.

En dehors de la capitale, la répression s’est avérée rapide et brutale. Lors des manifestations de masse de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, plus de 500 personnes auraient été tuées, selon les groupes de défense des droits humains. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), ainsi que ses milices affiliées et la police anti-émeute, ont joué un rôle central dans la répression violente de ces protestations.

Historiquement, la République islamique s’appuie sur un appareil de sécurité à plusieurs niveaux pour contrôler les manifestations. Outre la police anti-émeute, le régime déploie la milice Basij – une force paramilitaire volontaire sous le contrôle du CGRI – qui opère souvent en civil. Dans les situations les plus tendues, le commandement passe de la police aux commandants du CGRI, ce qui indique que les troubles sont considérés comme une menace à la sécurité nationale plutôt qu’un simple désordre public. Cette escalade précède généralement des mesures de répression plus sévères, notamment des arrestations massives et le recours à la force meurtrière.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé à la tolérance à l’égard de ce qu’il a qualifié de « protestations légitimes », mais son autorité reste limitée. Le contrôle ultime de la politique de sécurité appartient au chef suprême, et non à la présidence. L’approche actuelle suggère que le régime cherche à gagner du temps, en espérant épuiser les manifestants, limiter les pertes dans les zones visibles et éviter de franchir les seuils qui pourraient provoquer une intervention étrangère directe.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.