Publié le 10 janvier 2026 22h00. Malgré son interdiction en 2006, l’amiante continue de faire des victimes au Japon, soulevant des questions sur l’indemnisation et la gestion des bâtiments contaminés. Le cas de Yoshimasa Negishi, électricien de 53 ans, illustre les conséquences tardives de l’exposition à ce matériau dangereux.
- Le Japon a interdit l’amiante en 2006, mais les maladies liées à ce cancérigène persistent.
- Environ 260 000 bâtiments construits entre 1956 et 1989 contiendraient encore de l’amiante.
- L’accès à l’indemnisation pour les victimes reste limité, et des actions collectives sont en cours contre les fabricants.
Yoshimasa Negishi, habitant de Machida, dans la préfecture de Tokyo, a reçu un diagnostic de mésothéliome pulmonaire en mars 2022, après avoir ressenti des difficultés respiratoires lors de l’installation d’un équipement électrique. Les examens ont révélé un poumon affecté, et les médecins ont attribué sa maladie à l’amiante. Negishi a travaillé de 2008 à 2022 comme installateur de climatiseurs, exposé à la poussière contenant potentiellement de l’amiante lors de la découpe de plaques de plâtre et d’isolants. Il admet ne pas avoir porté de masque ou de lunettes de protection à l’époque.
Après un traitement par chimiothérapie et une intervention chirurgicale en août 2022, Negishi a obtenu la reconnaissance officielle de sa maladie comme étant liée à son travail en août 2023, grâce à l’aide de l’Association japonaise des victimes du mésothéliome et des maladies liées à l’amiante et de leurs familles. Il continue de travailler comme électricien indépendant et a suivi une formation certifiante en 2023 pour effectuer des diagnostics préalables à la présence d’amiante.
Negishi est conscient du long délai d’incubation de l’amiante, qui rend souvent difficile l’établissement d’un lien direct entre l’exposition et la maladie.
« Je veux que les travailleurs se prémunissent sans faute contre l’amiante »
Yoshimasa Negishi, électricien
L’amiante a été largement utilisé dans le bâtiment en raison de ses propriétés ignifuges et d’isolation thermique. Une enquête du ministère des Infrastructures, du Transport et du Tourisme a estimé qu’environ 260 000 bâtiments du secteur privé, d’une superficie de 1 000 mètres carrés (environ 10 764 pieds carrés) ou plus, construits entre 1956 et 1989, contenaient encore de l’amiante en mars 2024. La démolition ou la rénovation de ces bâtiments devrait s’intensifier dans les années à venir.
La réglementation a été renforcée en 2020, exigeant désormais une expertise préalable en matière d’amiante avant toute démolition ou réparation de bâtiments. Cette exigence, entrée en vigueur en 2023, sera étendue aux “structures” autres que les bâtiments, comme les chaudières, à partir de janvier 2026. Cependant, des cas de démolition sans inspection préalable ont été signalés, ce qui pourrait entraîner de nouvelles expositions à l’amiante.
Suite à une décision de la Cour suprême en 2021 concernant les dommages causés par l’amiante, le gouvernement a mis en place un fonds d’indemnisation pour les victimes. Toutefois, ce fonds ne bénéficie qu’aux personnes ayant travaillé sur des chantiers spécifiques avant le 30 septembre 2004. Negishi, malheureusement, ne remplit pas les critères d’éligibilité.
Des actions collectives ont été engagées contre les fabricants de matériaux de construction, qui n’ont pas encore contribué au fonds d’indemnisation. Des accords ont été conclus devant les Hautes Cours de Tokyo et d’Osaka en août 2025, et des efforts de médiation sont en cours pour résoudre d’autres litiges.
À lire aussi
