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Two Shell : critique de l’album

by Antoine Girard

Publié le 12 janvier 2026 à 05h01. Le duo britannique Two Shell, connu pour ses provocations et ses stratégies marketing décalées, semble s’ancrer dans une nouvelle phase de sa carrière, explorant des sonorités plus accessibles tout en conservant une part d’expérimentation.

  • Two Shell sort un nouvel album de remixes, après un premier opus composé de morceaux issus de leurs sets live.
  • La nouvelle version de « Everybody Worldwide », remixée dans un style EDM évoquant Eric Prydz, se distingue particulièrement.
  • Les remixes de Ship Sket, SWARMM, Facta et Tamaranamen apportent une valeur ajoutée à l’ensemble, tandis que d’autres restent plus fades.

Autrefois réputé pour ses coups d’éclat – interviews publiées puis retirées du web, sets de DJ préenregistrés présentés par des sosies – le duo Two Shell semble désormais privilégier une approche plus conventionnelle. Après avoir conquis le public avec une musique électronique décalée et subversive, ils se produisent désormais sur les grandes scènes de festivals et explorent des sonorités dance plus douces, adoucissant la puissance brute de leurs premiers succès avec des rythmes midtempo et des mélodies vocales singulières.

L’album INCONVÉNIENTS, sorti l’année dernière, regroupait des titres issus de leurs performances live, dont certaines présentées sur la scène de Glastonbury. Cet album, plutôt qu’une surprise, offrait une version plus familière de leur univers musical, étrange mais prévisible. Leur dernière sortie, un « album bonus » selon leur propre expression, revient sur une année 2024 discrète et propose un format classique de l’électronique : un album de remixes.

Intitulé simplement Two Shell, ce projet ressemble davantage à une collection de cadeaux qu’à un album cohérent. Certains de ces « cadeaux » valent toutefois le détour. La nouvelle version de « Everybody Worldwide » est particulièrement réussie, transformée en un morceau EDM qui rappelle l’univers de Eric Prydz, avec un riff de piano sidechained caractéristique. Cette version, évoquée à la fin de la vidéo originale de la chanson, pourrait bien être le morceau le plus accessible de Two Shell à ce jour. Cette audace semble leur convenir, mettant en avant leurs instincts pop avec une énergie brute, loin des ambiances néon indistinctes de INCONVÉNIENTS.

Les nouveaux morceaux, étiquetés de manière énigmatique « ᵛⁱⁿʸˡ », sont plus inégaux. Si « bonjour, c’est moi » offre un moment de folie charmant, avec un riff de guitare électronique percutant qui explose après un cri enthousiaste, d’autres titres, comme « dans mon cœur ᵛⁱⁿʸˡ », manquent d’inspiration. Ce dernier est une ballade au piano fragile, où l’approche vocale du duo – étranglée, tourbillonnante et haletante – devient plus irritante qu’innovante, comme une blague dont le sel s’est perdu.

Le morceau « levitate », délirant et joyeux (sous-titré « ᵒʳⁱᵍⁱᵒⁿᵃˡ »), constitue un point fort majeur, mais il ne s’agit pas d’une nouvelle création ; il date en réalité de 2023. Il est suivi d’un murmure énigmatique intitulé « est-ce que tu m’aimes ? »

Heureusement, certains remixeurs viennent rehausser l’ensemble. Ship Sket, affilié au label Planet Mu, apporte des textures gargouillantes et inspirées de l’EDM qui s’accordent parfaitement avec l’univers de Two Shell. Sa version de « hello it’s me » donne l’impression que l’original a été passé au tamis, avec les entrailles et les halètements bouillonnant hors des recoins invisibles. Le remix saccadé de SWARMM pour « Hurt Someone » est plus percutant que la version originale. Facta et Tamaranamen transforment tous deux les morceaux de Two Shell en une électro plus douce, rappelant l’univers de Dntel, avec des basses profondes et des leads frémissants évoquant une boîte à musique. Ces remixes, grâce à une tension palpable entre leurs textures et une interaction mélodique vive, atteignent les sommets du meilleur travail de Two Shell, surpassant même les créations du duo lui-même à l’heure actuelle.

Les autres remixes, même ceux réalisés par des producteurs talentueux comme box5ive, restent plus quelconques, ressemblant à de pâles imitations de PC Music, avec des percussions tremblantes et des voix douces et éthérées.

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