À 27 ans, le saxophoniste californien Aaron Shaw a dû réinventer son approche de la musique après un diagnostic de défaillance médullaire. Son premier album, « And So It Is », à paraître le 13 février, témoigne de cette épreuve et d’une nouvelle exploration artistique.
La respiration est vitale pour tout musicien à vent, l’essence même de son art. Pour Aaron Shaw, saxophoniste originaire de Los Angeles, cette évidence est devenue une réalité brutale il y a quelques années. En 2023, il a appris qu’il souffrait d’une défaillance médullaire, une maladie qui réduit la production de globules rouges et donc la capacité du corps à transporter l’oxygène. Cette condition a nécessité une adaptation profonde dans sa pratique musicale.
Shaw a rapidement gravi les échelons dans le milieu du jazz. Il a étudié auprès de Kamasi Washington, collaboré avec Herbie Hancock et Anderson .Paak, et donné des cours de théorie musicale à André 3000. Il travaille régulièrement avec le bandleader Carlos Niño, ayant notamment participé à son album new-age jazz « Placenta » (2024) et à sa collaboration avec le poète Saul Williams l’année dernière. Niño a également produit et joué de la percussion sur « And So It Is », le premier album de Shaw, qui évoque l’atmosphère jazzy de la côte ouest, présente dans les œuvres de Niño et Washington.
Cependant, le son de Shaw se distingue par une tonalité plus sombre et feutrée, qu’il explore avec une prudence réfléchie. Il alterne entre le saxophone ténor et la flûte alto sur l’album, privilégiant souvent cette dernière, moins exigeante en termes de souffle. Néanmoins, il persiste à jouer du saxophone, s’inspirant du style fluide de Lester Young sur « Windows to the Soul » de Chick Corea et surmontant les difficultés liées aux longues tenues sur « Heart of a Phoenix ». L’album reflète le parcours d’un jeune musicien confronté à la fin d’une ère et à la recherche d’un nouveau chemin.
Des boucles intimes et des touches de flûte inattendues apportent une note d’optimisme à cet album remarquablement ouvert. « And So It Is » est une œuvre personnelle qui témoigne de la résilience et de la créativité d’Aaron Shaw face à l’adversité.