Une adaptation théâtrale énergique, mais inégale, de l’œuvre culte The Season Ticket explore la vie de deux jeunes désœuvrés de Gateshead et leur quête désespérée pour un abonnement au Newcastle United. La pièce, qui a débuté dans un club social intimiste, a conquis la scène du West End, mais peine à trouver un équilibre entre humour et drame.
L’histoire de Gerry et Sewell, deux amis issus de milieux défavorisés, est au cœur de ce spectacle. Leur existence, marquée par la précarité et des actes illégaux pour survivre, est tissée de drames familiaux poignants : violence domestique, alcoolisme, abus sexuels. L’auteur et metteur en scène Jamie Eastlake tente de rendre compte de cette complexité, en intégrant des séquences musicales et des chorégraphies dynamiques signées Lucy Marie Curry et Sean Moon.
L’adaptation, inspirée du roman de Jonathan Tulloch publié en 2000, résonne particulièrement avec l’époque actuelle d’austérité. L’œuvre originale, qui a également donné lieu au film Purely Belter, dépeint avec réalisme les difficultés rencontrées par les populations marginalisées du nord de l’Angleterre. « L’histoire de Gerry et Sewell, c’est celle de l’espoir face à l’adversité », souligne un spectateur.
Si certaines scènes, notamment celles impliquant Claire, la sœur de Gerry (interprétée par Chelsea Halfpenny) et ses aspirations musicales, captivent l’attention, l’ensemble souffre d’un manque de cohérence. Les incursions musicales, parfois abruptes, et les apartés comiques, notamment autour d’un chien adopté par les deux protagonistes, diluent l’impact émotionnel des moments plus forts. La quête du fameux abonnement saisonnier semble finalement reléguée au second plan.
La seconde partie de la pièce offre néanmoins des instants de grâce, en particulier grâce aux performances d’Erin Mullen dans le rôle de Bridget, l’autre sœur de Gerry, et à un monologue particulièrement poignant. Dean Logan et Jack Robertson, dans les rôles de Gerry et Sewell, apportent une énergie communicative à la scène. Cependant, l’ensemble reste inégal, oscillant entre une volonté de divertissement facile et une exploration plus profonde des thèmes sombres abordés.
Malgré ses imperfections, Gerry and Sewell témoigne d’un potentiel indéniable et d’une sincérité touchante. La pièce, qui a débuté en 2022 dans un club de 60 places à North Tyneside, prouve que des histoires fortes peuvent émerger des lieux les plus inattendus.