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Ibtissam Lachgar : risque d’amputation, prison nie les mauvais traitements

Ibtissame Lachgar, militante féministe marocaine condamnée pour « atteinte à l'islam », fait face à une dégradation critique de sa santé en détention. Ses avocats alertent sur un risque d'amputation de son bras et appellent à une grâce…

Risques de septicémie et urgence chirurgicale
Ibtissame Lachgar, militante féministe marocaine condamnée pour « atteinte à l’islam », fait face à une dégradation critique de sa santé en détention. Ses avocats alertent sur un risque d’amputation de son bras et appellent à une grâce royale pour raisons humanitaires, tandis que l’administration pénitentiaire rejette les accusations de mauvais traitements.

Risques de septicémie et urgence chirurgicale

L’état de santé d’Ibtissame Lachgar, surnommée « Betty », s’est gravement détérioré. En rémission d’un cancer des os, la militante souffre de complications liées à un implant qui, selon son avocate Ghizlane Mamouni, « ne tient plus en place ». La situation médicale est devenue alarmante. S’appuyant sur un rapport d’un chirurgien orthopédiste américain, TV5MONDE rapporte que la détenue est exposée à une nécrose de la peau ainsi qu’à des risques de septicémie et d’amputation.

« Ibtissam est dans un état de santé très préoccupant, car il y a un risque que sa prothèse de bras doive être amputée — elle doit être remplacée, ce qui n’a toujours pas été fait.

Hakim Sikouk, président de la section de Rabat de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH)
Pour la défense, seule une intervention chirurgicale complète peut stopper l’aggravation, une opération qu’elle estime impossible à réaliser au Maroc. L’urgence est accentuée par les antécédents oncologiques de la militante, rendant son organisme plus vulnérable aux infections nosocomiales et aux complications post-opératoires en milieu carcéral.

Une condamnation pour un t-shirt « Allah is lesbian »

Une condamnation pour un t-shirt « Allah is lesbian »
Photo: africaradio.com
Cette crise sanitaire survient alors que Lachgar purge une peine de 30 mois d’emprisonnement. Son arrestation remonte à l’été 2025, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photographie d’elle portant un t-shirt avec l’inscription « Allah is lesbian ». Cette publication a déclenché une polémique nationale, entraînant des appels à son arrestation ainsi que des menaces de lapidation et de viol. Comme l’indique Yahoo Actualités, la justice marocaine a confirmé en appel, en octobre 2025, une peine de deux ans et demi de prison pour atteinte à la religion musulmane. Le cas de Lachgar s’inscrit dans un contexte juridique où le Code pénal marocain sanctionne sévèrement les expressions jugées blasphématoires ou contraires aux mœurs. Parallèlement, l’activisme de Lachgar pour les droits LGBTQ+ se heurte à l’article 489 du Code pénal, qui criminalise les relations sexuelles entre personnes du même sexe, qualifiées de « libertinage ». Durant son procès, la militante a nié toute intention d’offenser l’islam et a plaidé son innocence.

Accusations de torture et démentis de l’administration

Accusations de torture et démentis de l'administration
Photo: tv5monde
Le traitement réservé à Ibtissame Lachgar fait l’objet d’un vif débat entre les organisations de défense des droits humains et les autorités pénitentiaires. Le réseau d’ONG International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRTC) estime que sa prise en charge s’apparente à « un traitement cruel, inhumain ou dégradant et un acte de torture au sens de la Convention des Nations unies contre la torture ». L’IRCT et l’AMDH, organisation historique de défense des libertés au Maroc, documentent régulièrement les conditions de détention et les accès aux soins pour les prisonniers d’opinion. Ils soutiennent que le refus d’accéder à des soins spécialisés pour une pathologie lourde constitue une violation des standards internationaux de traitement des détenus. Face à ces allégations, les réponses officielles sont contrastées :
  • Mars 2025 : L’administration pénitentiaire affirmait que la détenue bénéficiait du suivi médical nécessaire.
  • Récemment : La prison Al Arjat a formellement réfuté les accusations de mauvais traitements.
  • Actuellement : Sollicitée par l’AFP, l’administration pénitentiaire a refusé de faire de nouveaux commentaires, selon Africa Radio.

La grâce royale comme unique issue médicale

Le blocage juridique actuel complique toute demande de peine alternative. La procédure de cassation étant toujours pendante devant la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire du pays, elle constitue un frein légal aux recours classiques de libération conditionnelle ou de conversion de peine. Dans le système judiciaire marocain, tant que le pourvoi en cassation n’est pas tranché, la situation juridique du condamné reste figée, limitant les marges de manœuvre des avocats pour obtenir une sortie pour raisons de santé via les canaux judiciaires ordinaires.

« La seule voie aujourd’hui, vu que la cassation est pendante et que c’est un frein à la demande de peine alternative, c’est effectivement la grâce royale pour un motif humanitaire et de santé, de risque de décès, comme le soulignent les médecins qui ont vu son dossier.

La grâce royale comme unique issue médicale
Photo: Yahoo Actualités
Ghizlane Mamouni, avocate de la défense
La grâce royale est une prérogative constitutionnelle du Roi du Maroc, permettant l’annulation ou la réduction d’une peine, souvent accordée lors de fêtes nationales ou pour des motifs humanitaires graves. L’enjeu est désormais temporel. Entre le risque de septicémie et l’impossibilité d’opérer sur place, le comité de soutien mise sur une intervention du sommet de l’État pour éviter une issue fatale ou une amputation irréversible.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.