La question de la compétence universelle dans la région Asie-Pacifique connaît des développements marquants en août 2026. Entre initiatives judiciaires en Indonésie et au Timor-Leste face aux atrocités commises au Myanmar, et les barrières politiques et institutionnelles soulevées lors d’un symposium universitaire à Brisbane, les victimes cherchent la voie la plus efficace pour obtenir justice.
Les procédures judiciaires formelles engagées en Indonésie et au Timor-Leste
L’Asie-Pacifique s’impose progressivement comme un terrain d’évolution pour l’exercice de la compétence universelle. En 2026, deux dossiers majeurs ont été officiellement acceptés pour enquête, l’un en Indonésie et le second au Timor-Leste, ciblant tous deux les atrocités de masse attribuées à la junte du Myanmar contre les populations civiles, selon l’analyse présentée par Emma Palmer et Chuka Arinze-Onyia.
Les rythmes de traitement varient considérablement d’un État à l’autre. Au Timor-Leste, un procureur a été désigné pour mener les investigations quelques semaines seulement après le dépôt de la plainte. En Indonésie, en revanche, les observateurs attendent de nouvelles avancées après le dépôt initial. Ces démarches font suite à une plainte similaire enregistrée aux Philippines dès 2023, qui n’a connu aucune progression notable depuis lors.
Le symposium de Brisbane et les critères de sélection des juridictions
Face à la multiplication des recours — qui s’étendent également à la Turquie, à l’Argentine et aux instances internationales comme la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice —, le véritable défi pour les victimes n’est plus de trouver un forum, mais de cibler celui qui garantit une justice authentique. Les discussions tenues lors d’un atelier de deux jours à Brisbane ont mis en lumière la complexité de ce choix stratégique.
Les acteurs de la société civile doivent examiner avec rigueur le cadre juridique national. Certains pays exigent l’aval du procureur général ou la présence physique de l’accusé, tandis que d’autres intègrent directement le droit international. À titre d’exemple, la Cour constitutionnelle indonésienne a rejeté une requête visant à étendre la compétence des tribunaux des droits de l’homme de la loi 26/2000 aux crimes commis par des non-citoyens, illustrant les limites imposées par la législation domestique.
Barrières politiques et expansion silencieuse des poursuites nationales
La quête de justice se heurte à des obstacles politiques et institutionnels profonds. En dehors de l’Europe — qui centralise l’écrasante majorité des pays d’exercice de la compétence universelle d’après la recension annuelle de TRIAL pour 2025, citée par Prasadi Wijesinghe et Emma Palmer —, la région Asie-Pacifique a longtemps privilégié les normes de non-ingérence et de souveraineté, freinant les condamnations publiques des voisins, notamment au sein de l’ASEAN.
Pourtant, les recours se multiplient en dépit des difficultés d’accès aux preuves dans les zones de conflit et des questions d’immunité. Les aspirations des victimes restent profondément ancrées dans la recherche de reconnaissance et de cessation de l’impunité, illustrées par les appels poignants portés devant les instances internationales :
D’autres témoignages consignés dans les dossiers rappellent l’urgence des poursuites : une victime a déclaré que tout ce qu’elle voulait, c’était justice pour les meurtres de sa mère, de sa sœur et de ses frères, et qu’elle voulait justice pour cela, tandis qu’une autre a confié que ses grands-parents avaient été abattus et qu’ils lui manquaient beaucoup, exprimant le souhait d’obtenir justice. Ces voix, venues des zones touchées par les violences, guident désormais les juristes et les associations dans leur tournant vers les poursuites nationales, palliant les limites des mécanismes onusiens ou internationaux traditionnels.