Les centres de données ont consommé 222 milliards de litres d’eau en 2025 pour leur refroidissement, selon Rystad Energy, un volume qui pourrait doubler d’ici 2030 sans mesures supplémentaires, selon une analyse de l’institut.
Les centres de données, moteurs de l’expansion de l’intelligence artificielle, voient leur empreinte hydrique et énergétique grimper, malgré des gains d’efficacité. Selon Rystad Energy, les installations ont directement prélevé 222 milliards de litres d’eau en 2025 pour leur refroidissement, un volume qui pourrait atteindre 644 milliards de litres d’ici 2030 si les économies d’eau ne suivent pas l’expansion de l’IA. Cette hausse s’accompagne d’une augmentation de la consommation électrique, avec une projection de 945 TWh par an d’ici 2030, selon l’UNU-INWEH.
Une efficacité hydrique en recul, malgré les innovations
Les technologies comme le refroidissement liquide direct et l’immersion ont réduit l’appétit hydrique unitaire des machines, mais l’échelle globale des opérations reste critique. Rystad Energy souligne que les centres de données consomment 222 milliards de litres d’eau directement pour le refroidissement, soit environ 59 milliards de gallons. Cependant, l’UNU-INWEH estime que l’empreinte eau indirecte liée à la production d’électricité atteint 4 500 milliards de litres en 2025, et pourrait doubler d’ici 2030.
Des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside prévoient que les prélèvements d’eau liés à l’IA, combinés à la production électrique, pourraient atteindre 4,2 à 6,6 milliards de m³ par an d’ici 2027. Dans les régions déjà en tension hydrique, ces besoins soulèvent des questions sur les arbitrages entre usages humains et infrastructures numériques, sans que l’impact local soit encore totalement mesuré.
L’énergie, le nouveau goulot d’étranglement
Alors que les efforts pour économiser l’eau se concentrent sur les sites, la contrainte se déplace vers l’énergie. L’UNU-INWEH projette une consommation électrique des centres de données doublée d’ici 2030, passant de 448 à 945 TWh. Ce volume, équivalent à la consommation combinée de plusieurs pays en développement, met en lumière les tensions avec les réseaux électriques existants et les objectifs climatiques.
Les systèmes de refroidissement liquide, bien plus sobres en eau, sont aussi plus gourmands en électricité lors des pics de température. De plus, la demande en minerais critiques comme le cuivre, l’aluminium ou le lithium, nécessaires à la fabrication des serveurs, reste un enjeu majeur. Le Global Critical Minerals Outlook 2026 de l’AIE souligne une offre sous pression, avec des restrictions à l’exportation et un investissement en recul.
Un système de notation européen pour mieux comparer les centres de données
La Commission européenne a adopté un règlement délégué instaurant une étiquette électronique de durabilité pour les centres de données de plus de 500 kW. Cette étiquette comportera deux notes, de A à G, une pour l’efficacité énergétique (PUE) et une pour l’efficacité hydrique (WUE). Les premières étiquettes devront être générées d’ici août 2027, permettant de comparer les performances des installations.
Ce dispositif vise à rendre plus visibles les sources d’énergie, la flexibilité du réseau électrique, le recours aux énergies propres et la récupération de chaleur. Les data centers en dessous de 500 kW ne sont pas concernés, mais peuvent s’inscrire volontairement. L’objectif est d’harmoniser la transparence avant que les besoins énergétiques des infrastructures numériques ne deviennent encore plus centraux.
Un calcul écologique en mutation
Le calcul écologique de l’IA évolue : il ne s’agit plus seulement de savoir si elle boit trop, mais si les réseaux électriques et les chaînes d’approvisionnement en minerais tiendront. L’UNU-INWEH souligne que le doublement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030 représente un défi majeur, avec des implications pour l’approvisionnement en électricité et les coûts associés.
Les données publiées par les opérateurs restent incomplètes, d’où la nécessité d’un système commun de notation. Ce dispositif, bien que soumis à une validation par le Parlement européen, marque une étape vers une meilleure compréhension des impacts environnementaux des infrastructures numériques, surtout dans un contexte de croissance exponentielle de l’IA.