Les tensions persistantes en mer Noire et la baisse des exportations russes menacent l’approvisionnement en blé de l’Afrique, provoquant une hausse des cours mondiaux de plus de 20% depuis janvier 2026 et ravivant les craintes d’une crise alimentaire pour les pays fortement dépendants des importations.
Les perturbations logistiques dans le bassin de la mer Noire font resurgir de fortes inquiétudes sur les marchés céréaliers. Pour les pays africains, qui importent une part essentielle de leur consommation, la volatilité des cours et l’augmentation des coûts de transport compliquent l’approvisionnement des minoteries et pèsent lourdement sur les budgets des consommateurs.
La flambée des prix et les goulets d’étranglement logistiques en mer Noire
L’approvisionnement mondial subit de plein fouet les répercussions des affrontements et des attaques visant les infrastructures portuaires. Les frappes russes sur les environs d’Odessa ont entravé les expéditions ukrainiennes, tandis que les actions ukrainiennes ciblant les navires et les installations russes ont perturbé les routes maritimes de la mer d’Azov et de la mer Noire. Les terminaux céréaliers de Novorossiisk ont notamment dû suspendre leurs opérations au début du mois d’août.

Cette insécurité maritime a réduit les volumes exportés et dopé les cours. Selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI), les prix mondiaux du blé affichaient une hausse au-dessus des niveaux de janvier 2026 dès le début du mois d’août, atteignant ainsi leur point le plus haut depuis deux ans. De son côté, l’agence S&P Global a évalué entre 1,7 et 2,1 millions de tonnes les exportations russes menacées pour les mois de juillet et d’août, auxquelles s’ajoutent près de 500 000 tonnes de blé ukrainien programmées sur la même période.
L’exposition critique des marchés d’Afrique du Nord et sub-saharienne
La situation touche particulièrement le continent africain, qui dépendait de la Russie et de l’Ukraine pour ses importations de blé en 2024, la Russie s’imposant comme le premier fournisseur individuel. En Égypte, le plus grand importateur mondial de blé, les achats extérieurs provenaient de ces deux pays durant le premier semestre de 2026. Les acheteurs égyptiens font face à des restrictions d’approvisionnement et à la cherté du fret, les prix CIF en Méditerranée orientale ayant frôlé les 301 dollars par tonne fin août.

D’autres nations subissent la même pression, à l’instar du Soudan, de la Libye, de l’Algérie et de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Face à cette situation, les opérateurs économiques et les minoteries locales se trouvent en première ligne. Il y a un impact, bien sûr, pour les opérateurs économiques, mais aussi pour le consommateur
, a souligné Rémi Depoix, président de la société de négoce internationale Céréalis, cité par RFI, en mettant en garde contre le risque de ruptures de pain dans des pays grands consommateurs comme l’Égypte ou l’Algérie.

« Il y a un impact, bien sûr, pour les opérateurs économiques, mais aussi pour le consommateur. Parce que même si le prix du pain a parfois été bloqué/fixé dans les pays, le consommateur va le payer plus cher. Mais cela pourrait être plus grave s’il y avait vraiment des ruptures d’approvisionnement dans certains pays. Cela voudrait dire qu’il pourrait y avoir un manque de pain pour l’Égypte, pour l’Algérie ou pour d’autres pays qui en sont de grands consommateurs. Cela pourrait avoir des conséquences sociales extrêmement graves. »
Rémi Depoix, président de la société de négoce Céréalis, via RFI
Diversification des sources d’approvisionnement et limites de la production locale
Pour parer à ces difficultés, les acheteurs internationaux explorent des filières alternatives. Certains importateurs se tournent vers des expéditions en provenance de la région baltique ou se fournissent en Australie et en Argentine, bien que ces origines de remplacement s’avèrent nettement plus onéreuses. Dans le même temps, les contrats à terme sur le Chicago Board of Trade ont grimpé depuis la fin du mois de juin, selon les informations rapportées par Milling Middle East & Africa Magazine.
À l’échelle locale, les récoltes affichent des bilans contrastés. Le Maroc s’attend à produire près de neuf millions de tonnes de blé cette année, mais cette production ne réduit pas structurellement la dépendance du pays. Comme l’explique Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique, les habitudes de consommation tournées vers le blé tendre maintiennent un déficit systémique. Ailleurs, des mesures d’urgence sont prises, à l’instar du Tchad qui a interdit l’exportation de céréales pour protéger ses réserves intérieures face aux aléas climatiques.