La Colombie se trouve à un tournant crucial dans son processus de paix, confrontée à une résurgence de la violence armée qui menace de compromettre les avancées obtenues depuis la signature de l’accord final en 2016. Un rapport récent des Nations Unies alerte sur la fragilité de la situation sécuritaire et les obstacles majeurs à la consolidation d’une paix durable, notamment dans des régions clés comme le sud de Bolívar.
Selon le dernier rapport trimestriel du Secrétaire général de l’ONU, daté du 24 septembre 2025, la présence active de multiples groupes armés – le Clan du Golfe, l’Armée de libération nationale (ELN) et les dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) – alimente un conflit territorial intense, particulièrement dans les départements de Bolívar, Antioquia, Cauca et Guaviare. Ces affrontements ont des conséquences humanitaires désastreuses, avec des déplacements massifs de populations, des confinements forcés, des violences sexuelles, des assassinats ciblés et le recrutement de mineurs.
Le rapport souligne que la persistance de ces dynamiques est liée aux difficultés à démanteler les économies illégales – trafic de drogue, exploitation minière illégale – qui financent les groupes armés et perpétuent la fragmentation sociale. Ces activités illicites limitent également la présence de l’État dans les régions historiquement marginalisées.
La Commission nationale des garanties de sécurité, un pilier de la mise en œuvre de l’accord de paix chargé de coordonner les politiques de démantèlement des structures illégales, est au point mort. Elle n’a pas tenu de réunion en session plénière depuis plus d’un an, ce qui entrave l’élaboration d’une stratégie globale contre les groupes armés et les organisations criminelles. Bien que des efforts locaux aient été déployés, comme le renforcement du système d’alerte précoce du bureau du médiateur ou le déploiement d’enquêteurs dans les départements de Cauca et Bolívar, ils se révèlent insuffisants pour garantir une protection efficace des communautés, des leaders sociaux et des anciens combattants.
Le sud de Bolívar est devenu un symbole de ces défis. La Mission de vérification des Nations Unies a identifié des affrontements récurrents entre le Clan du Golfe, l’ELN et l’État-major général des Blocs et Fronts (EMBF) dans cette région. Sa géographie montagneuse et la présence d’économies illégales, notamment l’exploitation de l’or et la production de coca, en font un corridor logistique stratégique pour le financement des groupes armés. Les communautés locales se retrouvent prises en étau entre les hostilités, soumises à des normes sociales coercitives et confrontées à des restrictions de mobilité.
Plus de 8 700 personnes ont été déplacées et 41 800 sont restées confinées dans différentes régions du pays entre juin et septembre 2025, le sud de Bolívar étant particulièrement touché. Selon des informations rapportées par El Espectador, environ 500 familles déplacées de cette région ont même tenté de retourner dans leurs fermes, malgré la présence de mines antipersonnel et des combats en cours.
L’ONU met en garde contre le risque de voir les objectifs structurels de l’accord de paix – la présence stable de l’État, le démantèlement des économies illégales et la protection des droits des communautés – compromis. La capacité de l’État à garantir la sécurité et la justice face à la violence persistante, ainsi que sa volonté politique de traduire les engagements en actions concrètes sur le terrain, seront déterminantes pour le succès de la mise en œuvre de l’accord.
Le sud de Bolívar, en particulier, est considéré comme un baromètre de la situation. Si la stabilisation de cette région échoue, les promesses de l’accord de paix risquent de ne pas se concrétiser.
À retenir
- La Colombie est confrontée à une recrudescence de la violence armée qui menace le processus de paix.
- Le sud de Bolívar est un point chaud de la violence, avec des affrontements entre plusieurs groupes armés.
- La faiblesse de l’État, les économies illégales et la fragmentation des acteurs armés sont les principaux obstacles à une paix durable.
Contexte
L’accord de paix final entre le gouvernement colombien et les FARC, signé en 2016, visait à mettre fin à plus de 50 ans de conflit armé. Il comprenait des dispositions relatives à la réforme rurale, à la participation politique, à la lutte contre le trafic de drogue, à la justice transitionnelle et aux garanties de sécurité pour les anciens combattants et les leaders sociaux.
Ce qui change
La situation sécuritaire en Colombie se détériore, avec un nombre croissant de déplacements de populations et de violations des droits humains. Les communautés locales sont de plus en plus vulnérables à la violence et à l’exploitation par les groupes armés.
Prochaines étapes
Il est crucial que le gouvernement colombien renforce sa présence dans les régions touchées par la violence, démantèle les économies illégales et garantisse la protection des communautés et des leaders sociaux. La Commission nationale des garanties de sécurité doit être réactivée et dotée des ressources nécessaires pour mettre en œuvre une stratégie globale contre les groupes armés.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Personnes déplacées (juin-septembre 2025) | Plus de 8 700 |
| Personnes confinées (juin-septembre 2025) | 41 800 |
