Publié le 2024-12-21 18:30:00. L’atmosphère s’est radicalement transformée autour de Goodison Park, le stade historique d’Everton, depuis le déménagement de l’équipe première. Les commerçants locaux et les riverains témoignent d’un quartier en perte de vitesse, partagé entre soulagement et nostalgie.
Les sacs plastiques virevoltent, seuls témoins d’une époque révolue sur le parvis déserté de Goodison Park. Ils s’égarent jusqu’aux grilles de l’école primaire et maternelle Gwladys Street, située face à l’entrée de la célèbre tribune Bullens Road. Les rires des enfants ont désormais remplacé les chants des supporters d’Everton, exilés depuis le début de la saison dans leur nouvel écrin, le Hill Dickinson Stadium, à une cinquantaine de minutes de marche du centre-ville.
John, un habitué de Goodison Park et capitaine emblématique des Toffees, a grandi dans le quartier résidentiel d’Everton. Il confie ne jamais avoir ressenti un tel calme autour du stade ces derniers mois. « Repasser devant l’enceinte me procure toujours une émotion, surtout quand on se rend compte un peu plus chaque jour que les alentours sont devenus très silencieux », avoue-t-il, visiblement ému. Promenant son teckel, il est l’un des rares à encore arpenter les rues avoisinantes. En cette journée de décembre ensoleillée, les rues typiques de Liverpool, adjacentes au stade, sont inhabituellement vides. Les touristes, comme les habitants, se font rares.
« Avant, il y avait toujours une dizaine de personnes qui venaient se prendre en photo devant la statue de Dixie Dean, l’attaquant légendaire d’Everton, à chaque heure. Maintenant, c’est très rare », observe John. La boutique officielle du stade a définitivement fermé ses portes, et les acheteurs potentiels de produits dérivés se font également rares.
Les commerçants en difficulté
Cette ambiance morose se fait particulièrement sentir les jours de match, lorsque l’équipe de Jack Grealish dispute ses rencontres à quelques kilomètres de là. Max Singh, propriétaire d’une épicerie située en face du stade, était habitué à vendre bières, bonbons et chips aux supporters. « Honnêtement, ça fait sept mois que j’ai du mal à payer mes factures et que le travail est ennuyeux. Presque personne ne vient acheter quoi que ce soit depuis le dernier match contre Southampton en mai », témoigne-t-il. Né à New Delhi, cet immigré indien, passionné de cricket, s’était installé ici uniquement pour les affaires. « Je ne connaissais aucun joueur, mais quand j’ai appris le changement de stade, j’ai su que j’allais en souffrir ». Derrière sa caisse enregistreuse, Max Singh envisage même de fermer son commerce dans les prochaines semaines, un scénario qui semble malheureusement inévitable.
Non loin de l’épicerie, les cloches de l’église évangélique St Luke sonnent l’heure du déjeuner. Pourtant, The Peoples Pub et The Winslow Hotel, deux pubs bien connus des supporters, n’ont pas encore baissé leurs rideaux. Le restaurant asiatique Hot Wok, dont les brochettes de grenouilles peinent à attirer les clients, connaît le même sort. Si cette baisse de fréquentation était prévisible, certains commerçants espéraient que les matchs de l’équipe féminine d’Everton, nouvelle occupante de Goodison Park cette saison, atténueraient les conséquences du déménagement.

Le bruit, un souvenir lointain
Grâce à l’équipe de Kelly Gago, l’antre historique d’Everton, ouverte en 1892, n’est pas devenue un stade fantôme. La direction du club a déployé des bâches sur l’enceinte, affichant la mention « La maison des femmes d’Everton », marquant ainsi un tournant définitif vers le football féminin. Cependant, malgré l’essor du football féminin outre-Manche, la faible affluence – en moyenne 6 700 spectateurs pour une capacité de 40 000 places – ne suffit pas à relancer l’activité du quartier, qui reste plongé dans le silence, même les jours de match. « L’ambiance n’a rien à voir avec les matchs masculins d’avant. De chez moi, je n’entends même pas le public quand il y a un but », décrit Olivia, une riveraine.
« Avant, il y avait des dégradations, des déchets partout, des personnes complètement ivres, et le wifi ne fonctionnait pas. C’était un cauchemar. »
Dans la même rue, Helen Thomson, qui habite à deux pas du stade depuis cinquante ans, apprécie cette nouvelle tranquillité. « Je ne me suis jamais sentie aussi bien. Fini les supporters qui criaient à toute heure avec des bouteilles de bière à la main », déclare la septuagénaire avec son accent typique de la région de la Mersey. Sa voisine, Lucy, plus jeune, partage son avis : « Avant, il y avait des dégradations, des déchets partout, des personnes complètement ivres, et le wifi ne fonctionnait pas. C’était un cauchemar. » Chacun perçoit la situation à sa manière. Et pour retrouver Everton, il faut désormais chercher à côté.
