Publié le 29 septembre 2025 à 14h00. Les exportations de cachaça vers les États-Unis sont fortement menacées par les droits de douane imposés par l’administration Trump, mettant en péril des centaines d’emplois et la pérennité de nombreux petits producteurs brésiliens.
- Les droits de douane de 50 % imposés par les États-Unis ont entraîné l’annulation de commandes et l’interruption des négociations commerciales.
- Les États-Unis représentent le marché le plus rentable pour les exportateurs de cachaça, en raison de la demande de produits de haute qualité.
- Le gouvernement brésilien a mis en place un programme de soutien financier aux entreprises touchées, mais l’avenir du secteur reste incertain.
La cachaça, eau-de-vie de canne à sucre emblématique du Brésil, subit de plein fouet les conséquences des tensions commerciales avec les États-Unis. L’imposition de droits de douane de 50 % par l’administration américaine a provoqué un véritable coup d’arrêt aux exportations, selon les producteurs brésiliens. Des commandes sont annulées, des négociations sont interrompues et l’avenir de nombreuses entreprises est compromis.
Les États-Unis sont le troisième plus grand importateur de cachaça au monde en volume, après le Paraguay et l’Allemagne. Cependant, c’est sur ce marché que les exportateurs brésiliens réalisent les plus fortes marges. Les consommateurs américains sont disposés à payer un prix plus élevé pour une cachaça de qualité, ce qui en fait un débouché particulièrement lucratif. Selon l’IBRAC (Institut brésilien de la cachaça), les ventes aux États-Unis ont une valeur de 96 % supérieure à la moyenne mondiale.
Katia Alves Espírito Santo, propriétaire et productrice de Cachaça da Quinta, une entreprise familiale fondée en 1923, témoigne de l’impact de ces droits de douane. Elle explique que 50 % de sa production sont habituellement destinés aux importateurs américains.
« Nous sommes une petite entreprise, axée sur un produit haut de gamme. Cela a été un choc violent, car cela affecte complètement notre activité. »
Katia Alves Espírito Santo, propriétaire et productrice de Cachaça da Quinta
Sa cachaça, commercialisée sous le nom d’Avuá aux États-Unis, est produite et embouteillée dans sa ferme de Carmo (RJ). L’entrepreneure craint de perdre un marché qu’elle a mis plus de dix ans à développer et a dû réduire sa production face à l’annulation de nombreuses commandes.
La situation des producteurs de cachaça a été signalée au MAPA (Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage), qui étudie les mesures possibles pour soutenir le secteur. Le gouvernement a déjà mis en place un programme d’urgence, doté de 40 milliards de reais (environ 7,6 milliards d’euros), pour aider les entreprises exportatrices touchées par les droits de douane américains. Ce programme propose des crédits à taux préférentiels pour le fonds de roulement et les investissements.
En 2024, les États-Unis ont importé 824 000 litres de cachaça, représentant une valeur de 3,6 millions de dollars. Bien que cela ne représente qu’une fraction de la production totale du Brésil (environ 800 millions de litres par an), ce marché est crucial pour de nombreux petits producteurs.
Selon Carlos Eduardo Cabral de Lima, PDG de l’IBRAC, les droits de douane pourraient entraîner une baisse de 12 % des revenus à l’exportation et une diminution d’au moins 6 % du volume des ventes aux États-Unis.
« La simple annonce de ces droits de douane a déjà eu des conséquences immédiates et graves pour les entreprises exportatrices, car tout changement dans les conditions d’accès place la cachaça en concurrence déloyale avec d’autres spiritueux déjà bien établis sur le marché américain. »
Carlos Eduardo Cabral de Lima, PDG de l’IBRAC
Les producteurs de cachaça espèrent que le dialogue entre le président Lula et Donald Trump permettra de trouver une solution à ce problème. Ils soulignent que la cachaça, contrairement à d’autres produits, est fortement liée à des facteurs culturels et qu’il faut du temps pour développer de nouveaux marchés. Le succès de la caipirinha, cocktail brésilien emblématique, contribue également à l’attrait international de la cachaça.
L’IBRAC explique que la forte proportion des importations en volume provenant du Paraguay est due à des facteurs logistiques et à la proximité culturelle avec le Brésil, tandis que l’Allemagne a une tradition historique de consommation de distillats. Le soutien de l’ambassade brésilienne est également un facteur clé dans la promotion de la cachaça à l’étranger.
