Le Canada a retiré la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme, une décision qui marque un tournant majeur dans sa politique envers le pays du Moyen-Orient. Cette annonce, faite vendredi par les ministres fédéraux, intervient après un réexamen approfondi de la situation syrienne.
Ottawa a également radié Hayat Tahrir al-Sham (HTS) – un groupe rebelle ayant pris le pouvoir l’année dernière – de la liste des entités terroristes prévue par le Code criminel. Dans un communiqué conjoint, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et le ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree ont souligné que « ces décisions n’ont pas été prises à la légère » et que « la sûreté et la sécurité des Canadiens resteront primordiales pour le gouvernement du Canada. »
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réconciliation entre la Syrie et les pays du G7, amorcé après la chute du régime de Bachar al-Assad et la fin d’une guerre civile particulièrement sanglante. Le nouveau président syrien, Ahmad al-Sharaa, ancien chef du HTS pendant le conflit, avait initialement des liens avec Al-Qaïda avant de les rompre en 2016.
La désignation de HTS par le Canada le décrivait comme « un groupe islamiste en Syrie dont les principaux objectifs seraient de renverser le régime du président Bachar al-Assad, puis d’établir un État islamique régi par la charia ». Al-Sharaa, qui s’est révélé sous son vrai nom après son arrivée à Damas l’année dernière (il était auparavant connu sous le nom d’Abou Muhammad al-Golani), s’est publiquement distancié d’Al-Qaïda et de l’EI, et s’est engagé à instaurer une démocratie moderne et un gouvernement « institutionnel ».
Depuis son accession au pouvoir, al-Sharaa a réussi à rétablir les relations avec les pays arabes et occidentaux. Il a notamment rencontré à deux reprises le président américain Donald Trump cette année, dont une visite historique à la Maison Blanche en novembre, où la Syrie a rejoint une coalition mondiale menée par les États-Unis dans la lutte contre le groupe État islamique. Cette visite marquait la première d’un chef d’État syrien à la Maison Blanche depuis l’indépendance de la Syrie en 1946.
Les États-Unis et le Royaume-Uni avaient déjà levé leurs propres désignations de terrorisme concernant la Syrie et le HTS plus tôt cette année. De plus, Donald Trump et le Conseil de sécurité des Nations Unies ont commencé à assouplir certaines des sanctions imposées au pays. L’hiver dernier, le Canada avait temporairement suspendu certaines de ses sanctions afin de faciliter l’accès aux services financiers et soutenir la reconstruction du pays.
La Syrie a organisé ses premières élections législatives sous le nouveau gouvernement cet automne, et al-Sharaa a promis des élections présidentielles d’ici cinq ans.
« Le Canada salue les mesures positives prises par le gouvernement de transition syrien en faveur d’une transition politique pacifique dirigée par les Syriens », a déclaré Anita Anand dans le communiqué de vendredi. « Le Canada est solidaire du peuple syrien dans sa quête d’un avenir inclusif, stable et prospère. » Gary Anandasangaree a ajouté que le Canada « continuera de surveiller de près la situation en Syrie et de prendre des mesures contre les activités extrémistes violentes ou terroristes de l’État islamique et d’Al-Qaïda qui constituent une menace pour le Canada, ses citoyens et ses intérêts dans le monde. »
Malgré l’amélioration des relations, al-Sharaa est confronté à des défis importants. Les sanctions américaines les plus sévères doivent encore être approuvées par le Congrès, ce qui freine les investissements et les efforts de relance économique. Le Canada maintient également des sanctions ciblées contre 56 entités et 225 individus en Syrie, notamment des hauts responsables de l’ancien régime d’Assad.
Le régime d’al-Sharaa a été secoué par deux épisodes de violence majeurs, opposant des combattants sunnites fidèles au gouvernement à des membres de minorités. En mars, plus de 1 000 Alaouites ont été tués dans des attaques en représailles à des attaques contre les forces de sécurité menées par d’anciens officiers loyaux à Assad, lui-même alaouite. En juillet, plus de 1 000 personnes, principalement des Druzes, auraient péri dans des affrontements entre les forces gouvernementales, leurs alliés bédouins et des milices druzes à Sweida. Al-Sharaa a promis que ces violences feraient l’objet d’enquêtes et a mis en place des commissions d’enquête.
Selon Amnesty International, qui a visité Damas le mois dernier, le nouveau gouvernement syrien prend des mesures en faveur de réformes, mais la démocratie reste fragile et les changements récents « ne sont pas profonds ». Israël, méfiant quant aux origines djihadistes d’al-Sharaa, a mené plusieurs frappes aériennes dans le sud de la Syrie, officiellement pour protéger les Druzes et empêcher des attaques transfrontalières. Un raid israélien la semaine dernière a fait 13 morts. Les deux pays, qui n’entretenaient pas de relations diplomatiques, négocient un éventuel accord de sécurité pour désamorcer la situation.
