Publié le 2024-12-18 18:30:00. Une rencontre surprise entre le président syrien Ahmed al-Shara et Donald Trump à la Maison Blanche marque un revirement inattendu dans la politique américaine au Moyen-Orient, alors que Washington assouplit les sanctions et cherche à stabiliser une région en proie à de multiples tensions.
Washington a levé les sanctions à l’encontre d’Ahmed al-Shara, l’actuel dirigeant syrien, et de son ministre des Affaires étrangères, Anás Khatab, qui avaient été précédemment visés par des mesures restrictives en raison de leur rôle au sein de la milice Hayat Tahrir al-Sham et de leurs liens avec des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda. Le Conseil de sécurité de l’ONU a également levé les sanctions qu’il maintenait contre la Syrie.
La réunion, qui a duré deux heures, s’est déroulée dans un contexte de sécurité renforcée et en dehors du protocole habituel pour les visites d’État. Al-Shara est entré dans la Maison Blanche par une entrée secondaire, sans la traditionnelle escorte d’honneur. Aucune photographie officielle de la rencontre n’a été publiée par l’administration américaine, contrairement à ce qu’a fait le gouvernement syrien en partageant une image sur son compte X.
« Nous voulons que la Syrie devienne un pays prospère, et je crois que ce dirigeant peut y parvenir. Nous devons faire fonctionner la Syrie. »
Donald Trump, président des États-Unis
Cette rencontre intervient moins d’un an après que Donald Trump, alors président élu, avait exprimé sa réticence à s’impliquer dans le conflit syrien après la chute de Bachar al-Assad. Il avait alors déclaré : « Laissons-les résoudre le problème, ne nous laissons pas entraîner ». Ce positionnement semble aujourd’hui dépassé, alors que Washington collabore désormais avec Damas dans le processus de transition.
Les États-Unis considèrent la Syrie comme un pays stratégique pour relier la Méditerranée à l’Asie Mineure, garantir la sécurité d’Israël, contrer l’influence de l’Iran et de la Russie dans la région, et empêcher la résurgence de l’État islamique et d’autres groupes extrémistes. Parallèlement, le Département du Trésor américain a annoncé la suspension pour 180 jours de certaines des sanctions les plus sévères imposées à la Syrie en vertu de la « loi César ».
Pour le régime de Damas, cette normalisation diplomatique est essentielle pour obtenir une légitimité internationale, accéder à une aide financière massive pour la reconstruction – estimée à plus de 200 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros) par la Banque mondiale – et développer des relations économiques et diplomatiques avec les puissances occidentales.
Washington joue également un rôle de médiateur dans les négociations en cours pour un éventuel accord de sécurité entre la Syrie et Israël. Des sources indiquent que l’administration américaine envisage également d’établir une présence militaire sur une base aérienne syrienne. La possibilité pour la Syrie de rejoindre la coalition mondiale dirigée par les États-Unis dans la lutte contre l’État islamique a également été abordée lors de la rencontre.
Coïncidemment, le ministère syrien de l’Intérieur a lancé une opération de répression contre les cellules de l’État islamique dans tout le pays, aboutissant à l’arrestation de plus de 70 suspects, au moment même où Al-Shara se trouvait à Washington.
Cette rencontre à la Maison Blanche fait suite à un premier contact entre Trump et le président syrien en mai dernier, en Arabie Saoudite, où Trump avait salué son interlocuteur comme un dirigeant au « passé fort ». Lors de cette occasion, Trump avait également exprimé son intérêt pour l’adhésion de la Syrie aux Accords d’Abraham, une initiative diplomatique visant à normaliser les relations entre Israël et plusieurs pays arabes.
La semaine prochaine, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane se rendra également à la Maison Blanche. Washington espère convaincre l’Arabie Saoudite, puissance économique et spirituelle du monde arabe, de rejoindre ces accords, bien que Riyad conditionne son engagement à une résolution du conflit israélo-palestinien et à la création d’un État palestinien viable.
La Syrie, quant à elle, n’a montré jusqu’à présent que peu d’enthousiasme à normaliser ses relations avec Israël, qui occupe une partie de son territoire sur le plateau du Golan depuis la guerre des Six Jours en 1967 et a récemment étendu son contrôle sur d’autres zones syriennes sous prétexte de sécurité nationale.
