Des affrontements ont éclaté samedi entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le nord du pays, malgré un accord de retrait kurde initialement respecté. L’armée syrienne a progressé vers des villes et des champs pétrolifères, tandis que les FDS ont juré de défendre certaines positions, notamment Tabqa, et ont dénoncé des violations de l’accord.
L’armée syrienne a annoncé avoir pénétré dans la ville de Tabqa et encerclé les forces kurdes à l’aéroport militaire local. Selon l’agence de presse officielle SANA, l’opération vise à cibler les « milices terroristes du PKK ». Les États-Unis ont appelé à un arrêt immédiat de toute action offensive dans la région située entre Alep et al-Tabqa, soulignant la nécessité d’une coopération pour lutter contre l’État islamique (EI).
Les troupes syriennes ont rencontré peu de résistance dans les villages à majorité arabe, où certains habitants ont même célébré leur arrivée, exprimant un soulagement après des années de conflit. « Il y a eu suffisamment de sang dans ce pays, la Syrie. Nous avons sacrifié et perdu suffisamment – les gens en ont assez », a déclaré Hussein al-Khalaf, un habitant de Deir Hafer, à Reuters.
Cependant, la situation s’est envenimée lorsque l’armée syrienne a annoncé son intention de prendre le contrôle de Tabqa, une ville que les FDS considèrent comme ne faisant pas partie de l’accord de retrait initial. Les FDS ont affirmé qu’elles se battraient pour conserver la ville et les gisements de pétrole à proximité. Des échanges de tirs ont été signalés, et les deux camps se sont mutuellement accusés de violations de l’accord.
Un couvre-feu a été décrété dans la région de Raqqa par les autorités kurdes, tandis que des avions de la coalition dirigée par les États-Unis ont survolé les zones sensibles, lançant des fusées éclairantes. Quatre soldats syriens ont été tués dans des attaques attribuées aux militants kurdes, et les FDS ont également fait état de pertes dans leurs rangs, sans préciser de chiffres.
L’envoyé américain Tom Barrack s’est rendu à Erbil, dans le nord de l’Irak, pour rencontrer le chef des FDS, Mazloum Abdi, et le leader kurde irakien Masoud Barzani, dans une tentative de désamorcer la crise. Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron et le président du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, ont appelé à une désescalade immédiate et à un cessez-le-feu permanent lors d’un entretien téléphonique.
Ces affrontements interviennent après des semaines de tensions entre l’armée syrienne et les FDS, exacerbées par l’échec des négociations visant à intégrer les forces kurdes dans les institutions de l’État syrien d’ici à la fin de 2025. Le président syrien Bachar al-Assad s’est engagé à réunifier le pays, mais les autorités kurdes locales se méfient de son administration.
Les chefs de tribus arabes du territoire contrôlé par les FDS ont déclaré être prêts à prendre les armes contre les forces kurdes si l’armée syrienne le leur ordonnait. Les craintes kurdes ont été accrues par des épisodes de violence sectaire l’année dernière, notamment des massacres d’Alaouites et de Druzes dans différentes régions de Syrie.
